Voyage Intérieur

Une sur Deux

le 02/01/2008 à 21h13

 

Une sur deux

Le soleil de l’après-midi illumine le square. Vincent est là avec Bonzo, son royal bâtard comme il l’appelle. Il y a des jours ou il se dit que si Bonzo n’était pas là il resterait cloîtré chez lui, à garder cette maison qui lui échappe au fur et à mesure que le divorce se règle. Et dire qu’il a passé des années entières à la restaurer, à la décorer. Et dire qu’il a laissé de côté ses passions pour pouvoir rendre cette maison non seulement habitable mais accueillante pour sa femme et ses enfants. Plus maintenant, il se sent presque coupable de ne plus l’entretenir depuis qu’elle est partie. Son foyer n’existe plus. La mère de ses enfants n’est plus là, elle est partie avec un autre. Vincent ne s’est rendu compte de rien jusqu’au jour ou il l’a trouvée devant la porte avec ses valises bouclées pour lui dire au-revoir.

Il venait de terminer les travaux de la véranda. Il était content d’avoir réussi à agrandir un peu leur espace de vie.

Quelques semaines après son départ, il a trouvé Bonzo. C’est en partant à la pêche qu’il l’a aperçu couché sur le bas-côté de la départementale. Il s’est arrêté. Le chiot ne bougeait quasiment pas. Il l’a cru malade mais il était simplement affamé et effrayé. Ce furent les mots du vétérinaire de la SPA. Il leur a laissé le chiot et il est reparti.

Il a passé le reste de la matinée à penser à ce pauvre chien qui avait sans doute été abandonné quelques jours auparavant. Il n’avait que deux mois, peut-être moins. Il n’a pas pu ou pas voulu résister. Vers quatorze heures il est parti avec la ferme intention d’adopter le chiot et en espérant que quelqu’un d’autre ne l’avait pas déjà fait.

Vincent sentait son cœur battre, il était sur que les garçons allaient adorer !

En arrivant au refuge, il sentit le stress monter en lui. Et s’il n’était plus là ?
La personne qui assurait l’accueil avait changé. Il faillit faire demi-tour.
Etait-ce vraiment une bonne idée ? Il s’approcha de l’accueil et après avoir salué la jeune fille qui lui faisait face, il expliqua le motif de sa visite.

La réceptionniste appela le vétérinaire qui parût ravi de revoir Vincent. Il fût vraiment ravi quand celui-ci lui fit part de son intention d’adopter le chiot trouvé ce matin là.

Une heure après Vincent repartait Bonzo dans ses bras. Les débuts furent difficiles. Le chiot commença par faire pipi aussitôt monté dans la voiture. Heureusement il ne s’en aperçut qu’une fois arrivé chez lui. Il grogna, il essuya et mit Bonzo dans le garage avant d’aller vérifier si les enfants étaient rentrés du foot.

Ils n’étaient pas encore là mais ils ne devraient plus tarder. Et voilà que maintenant il commençait à douter de l’accueil que les garçons allaient réserver à Bonzo. Décidément tout ceci devenait compliqué. Il venait d’adopter un chiot qui avait commencé par pisser dans sa voiture et il ne savait même pas si ses enfants allaient aimer.

Le bruit du portail annonça l’arrivée des enfants. Vincent cessa de se questionner et laissa partir Bonzo qui, attiré par la conversation, fila direct vers les enfants.

Adoption immédiate ! Vincent les rejoignit avec un sourire. Il savait bien qu’il n’aurait pas du douter au dernier moment mais il était comme ça, anxieux de nature.

Maintenant que les enfants passaient une semaine sur deux chez leur mère, Bonzo était la seule présence, le seul être vivant qui savait lui donner, jour après jour, la sensation de servir à quelque chose. Des fois, il ne se faisait même pas à manger mais il n’oubliait jamais Bonzo, ce petit bout de chien qui l’aidait à s’accrocher à la vie même quand elle lui paraissait bien trop triste et bien trop vide.

Une semaine sur deux ! C’est ce que le juge avait décidé. Pourtant Vincent s’était battu pour avoir la garde exclusive des enfants.

« Elle est partie du jour au lendemain, Madame le juge ! Elle n’a même pas attendu que les enfants rentrent du collège. Elle ne les a même pas embrassés ! Elle ne nous a rien expliqué Madame le juge ! Elle nous a plantés là, seuls ! Plus de mère, plus personne jusqu’au jour ou vous nous avez convoqués pour la conciliation ! Le reste vous le savez, Madame le juge ! Dès que j’ai demandé la garde des enfants, de mes enfants, qu’elle n’avait pas revu depuis trois mois et demi, elle a refusé et elle est partie. C’est à moi de les garder, elle ne mérite même pas le droit de visite. »

Le juge n’a rien écouté, se dit Vincent. Comment peut-on confier la garde de deux adolescents à la femme qui les a abandonnés pour suivre un amant de passage ?

Bonzo aboie. Vincent voit le gardien arriver au loin. Le square va fermer. Plongé dans ses pensées n’a pas vu passer l’heure. Il est dix-sept heures trente. Janvier. Cela fait deux ans qu’il ne voit ses enfants qu’une semaine sur deux.



Emmy 02.01.08

Commentaires

Avatar de angelilly

...I need my baby love...

Par angelilly le 03/01/2008 à 19h54

On sent toute la solitude, la tendresse et la nécessité de la présence de ce petit chien pour le faire continuer...

Avatar de jfred

appel à la révolution ...

Par jfred le 03/01/2008 à 16h51

tu as toujours eu ce don pour narrer des histoires auxquelles on ne peut que croire...

on est dedans....

Avatar de isie

quelque part par là, j...

Par isie le 03/01/2008 à 13h21

quand la réalité frappe de plein fouet...



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