Brenda épousait finalement John !
Dehors il faisait une chaleur caniculaire. Monique regardait comme tous les jours « Amour et passion » à l’abri de sa climatisation flambant neuve. Comment sortir par une chaleur pareille ! Même les chats restaient à l’ombre et se seraient faufilés dans la maison si elle les avait laissé faire. Mais il n’en était pas question. Son premier chat, Gaspard, eut le droit de vivre à l’intérieur mais depuis qu’elle avait commencé à s’occuper des chats errants de sa ville, elle ne pouvait pas se permettre de les laisser entrer. Elle avait fait construire un abri de jardin suffisamment grand pour qu’ils y soient à l’aise. Elle avait fait recouvrir le sol de sable et fait percer quelques chatières par-ci par-là de façon que l’accès leur devienne facile.
Monique leur rendait visite deux fois par jour pour leur donner à manger et s’assurer qu’ils avaient de l’eau en quantité suffisante.
Quelle fête somptueuse ! Trois cents invités, traiteur et deux orchestres, classique pour la cérémonie et le repas, variétés pour l’après. Décidément ces américains savaient y faire. Surtout les riches. Elle se disait que tout cela était bien loin de la réalité, de sa réalité, mais elle avait du mal à décrocher de cette histoire qui pourtant avançait trop doucement.
De toutes façons il faisait trop chaud pour profiter du jardin et puis, elle n’avait pas envie de voir du monde. Pour s’entendre dire « mémère aux chats » ce n’était pas la peine. Tout le quartier l’appelait comme ça maintenant et bientôt toute la ville, se disait-elle. Monique s’en moquait ! Du moins elle le faisait entendre haut et fort comme ça.
Le champagne coule a flots ! Elle n’avait jamais vu autant de variétés d’amuse-bouche ! Et les boissons ! Toute sorte de cocktails servis par des barmans en tenue blanche. Ca fait quand même rêver ! Puis que de beaux barmans !
Et les tables ! Elle n’en avait jamais vu d’aussi belles. Des tables rondes pour six ou peut-être pour huit, drapées de nappes ivoire et grenat, garnies de fleurs, de cristal et de porcelaine d’une blancheur immaculée.
On sonne !
Monique hésite, elle ne voudrait pas rater la première danse, celle de la mariée avec son père. Le rôle du père est tenu par l’acteur le plus distinguée de la série.
On sonne encore !
Il va falloir aller ouvrir, se dit-elle. Qui peut bien être à cette heure-ci et avec une chaleur pareille ! Comme s’ils ne savaient pas que je regarde « Amour et Passion » !
Finalement elle se lève, un œil rivé sur la télévision pour ne pas rater le père et va ouvrir la porte. Personne. Elle se dit que les gens n’ont plus de patience de nos jours.
Ah le voilà ! Il est non seulement beau mais distingué. L’autre soir, quand elle a voulu en parler à sa fille au téléphone, Monique a été incapable de lui donner son nom. Si seulement elle était plus jeune, elle pourrait même en tomber amoureuse.
Il danse comme un roi et il regarde sa fille attendri. Ils ont les yeux bleus tous les deux. Monique a toujours eu un faible pour les yeux bleus. René, son défunt mari, avait des yeux d’un bleu limpide, gais et brillants. C’est peut-être pour cela que ses chats préférés sont les siamois. Elle en a un couple en ce moment. La femelle devait être pleine quand Monique les a recueillis, elle a eu une portée de quatre petits siamois qui ont été placés sans problème. Comment ne pas craquer devant des yeux aussi bleus ?
Ils tournent autour de la piste dans une valse parfaite. René n’aimait pas danser. Monique se sentit frustrée pendant longtemps. Si par hasard elle acceptait de danser avec quelqu’un d’autre elle n’y prenait pas vraiment du plaisir. Elle aurait tant aimé que René la fasse danser !
Monique se retourne en entendant la porte s’ouvrir. Elle proteste, elle veut terminer de regarder « Amour et Passion » mais l’infirmière s’y oppose. Elle ne veut pas bouger, elle rétorque qu’après le feuilleton elle doit aller nourrir les chats.
L’infirmière la prend par le bras, la fait se lever et sortir de la chambre.
Allons, Madame Marin, cet épisode vous le connaissez par cœur et vos chats sont très bien là où ils sont. Par contre, votre chocolat refroidit, lui !
Monique se laisse faire, une larme coule le long de sa joue.
Emmy 02.01.08


Commentaires
Par mournblade le 15/01/2008 à 19h05
...I need my baby love...
Par angelilly le 03/01/2008 à 20h00
ça fait mal au coeur d'imaginer que c'est ce que vivent certaines personnes, en pire même parfois...
appel à la révolution ...
Par jfred le 03/01/2008 à 16h32
Amour gloire et beauté...............
mais que cette fin est tout à fait ce qu'on peut voir dans les maisons de retraite... et encore, celle-ci, semble être bien tenue.... ce qui n'empêche pas la détresse...
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