Arrêtez ! Vous ne voyez pas que vous allez tout faire tomber ?
Nina n’en pouvait plus de se lever tous les matins à trois heures. Quelques mois après la fin de ses études en voyant qu’elle n’arrivait pas à trouver un poste de secrétaire d’accueil, elle décida de travailler avec ses parents. Après tout elle leur devait bien ça. Ils avaient embauché trois vendeuses depuis deux mois et aucune n’avait résisté au-delà de la période d’essai. Elles ont trouvé le travail trop pénible.
Aujourd’hui aussi elle était débout à trois heures, prête à trois heures et demi pour accompagner son père au marché de gros. Il fallait y être de bonne heure si on voulait avoir de la bonne marchandise. A quatre heures ont pouvait encore choisir. Et la qualité c’est ce qui avait sauvé l’affaire de ses parents à l’heure ou les gens ne font plus leurs courses que dans les supermarchés.
Danielle et Sylvian étaient marchands des quatre saisons. Un tout petit magasin dans un quartier populaire de la ville et une camionnette qui leur permettait de faire les marchés. Danielle gérait le magasin et Sylvian faisait les marchés, aidé par sa mère tant qu’elle avait été valide. Mamie Yvette ne pouvait plus faire les marchés depuis bientôt deux ans. Sylvian avait embauché une jeune vendeuse qui les a quittés à la naissance de son premier enfant. Depuis, il n’était pas arrivé à en trouver d’autre.
Arrêtez, je vous dis !
Nina s’énervait ce matin. Elle était épuisée. Heureusement elle allait pouvoir dormir demain. Un seul jour de repos par semaine était loin d’être suffisant.
Une bonne femme mal fagotée s’entêtait à vouloir attraper les pommes du dessous. Nina eut envie de la baffer. La femme a du le sentir et en posant la corbeille, est partie faire ses courses ailleurs.
Une de perdue, dix de retrouvées, se dit Nina. Et en effet, le marché commença à s’animer. En ce début d’été il fleurissait de couleurs et de senteurs. Nina avait dressé consciencieusement l’étal, des pyramides pour les fruits, des lignes pour les légumes, en tenant compte des mouvements du soleil au long de la matinée afin de préserver les légumes les plus fragiles.
Elle regrettait qu’il n’y ait quasiment plus de salade frisée. La laitue était bien trop fragile en cette saison. Elle aimait la batavia mais pas ses clients. Laitue blonde, feuille de chêne, roquette et mâche de louviers. Les tomates bien rouges et charnues jouxtaient les poivrons verts et les aubergines. Quelques courgettes, des concombres, de belles carottes et des oignons tendres. Tout ce qu’il fallait pour le bonheur d’une assiette de salade.
Côté fruits : pommes, pêches, nectarines, brugnons et abricots. Dans un panier en osier, les plus belles cerises que Nina avait vu depuis le début de la saison. Noires et odorantes elles appelaient à la gourmandise.
Bananes, ananas et caramboles pour une note exotique. Ils auraient même pu acheter du raisin du Chili mais ils se sont abstenus. L’automne se chargera de leur emmener des raisins de pays, plus sucrés et plus juteux.
Pommes de terre, oignons, échalotes, ail et persil. Il est fini le temps des soupes ou navets et céleri branche égayaient le coin des légumes « pas nobles ». Quand Sylvian entendait Nina prononcer ces deux mots il piquait sa colère. Il lui demandait systématiquement pourquoi les pommes de terre ne seraient pas nobles et lui parlait du gratin de Mamie Yvette. Nina en profitait pour taquiner son père, déjà énervé, au sujet de l’origine de son prénom.
C’est avec une bouche pleine de patates que Mamie a choisi ton prénom ? Sylvain oui mais pas Sylvian !!!
Sylvian éclata de rire. Il en avait fait couler de l’encre ce prénom. Il n’a jamais croisé d’autre Sylvian de sa vie. Quand on lui demande pourquoi Sylvian et non Sylvain il répond « pour faire parler les gens ».
Emmy 2.01.08


Commentaires
*épuisée*
Par trianna le 03/01/2008 à 20h15
Tellement contente de te lire à nouveau
...I need my baby love...
Par angelilly le 03/01/2008 à 20h05
lol je connaissais quelqu'un dont la maman avait aussi changé quelque peu le prénom et qui avait du mal. Déjà moi on me demande toujours c'est si un i ou un y dans mon prénom.
appel à la révolution ...
Par jfred le 03/01/2008 à 16h47
tu sais quoi? j'étais au marché là ...
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