Ces jours-ci je me suis mise à vider mes tiroirs, plus précisement le dossier textes à revoir. Certains finissent directement à la corbeille, d'autres sont revus et des fois terminés et finissent ici dans la rubrique "Tranches de Passé"
Je vous livre aujourd'hui un texte écrit en décembre 2006 et qui devait être le début d'un roman. Je voulais essayer, j'ai essayé.... mais juste essayé.
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Il était tard mais Frances n’arrivait pas à trouver le sommeil. Etendue sur son lit depuis maintenant trois heures elle avait envie de mettre fin à cet inconfort. Elle ne se sentait pas bien, elle tournait et retournait mais le sommeil ne venait pas à elle. Elle alluma la lampe et décida, en voyant le paquet de cigarettes sur la table de chevet, de se lever pour en fumer une.
Debout son corps était moins douloureux. Elle s’étira en s’approchant de la fenêtre. Il faisait chaud, ses mains étaient moites et son front perlait. La première bouffée de fumée eut pour effet de la détendre, elle la savoura, la garda longtemps dans ses poumons avant de la rejeter en direction de la fenêtre. La nuit était étrangement calme. Pas un bruit.
Sa cigarette finie elle partit se recoucher. Elle n’étendrait pas la lumière, elle allait essayer de lire. Elle se sentait tendue, tendue et fatiguée. Ses amis lui manquaient de plus en plus. Seules les visites du samedi matin étaient encore un lien avec le monde extérieur. Elle scrutait le plafond, ce plafond qu’elle connaissait maintenant dans les moindres détails. Si au moins elle avait la télévision ici….
Ses yeux se posèrent cette-fois ci sur la pendule. Il était exactement 3 heures et 18 minutes. Elle attendrait le lever du jour et essayerait de dormir après. Les bruits de son petit espace devenaient perceptibles : le robinet qui perdait depuis son arrivée, la pendule, le lit qui grinçait à chaque fois qu’elle se tournait…. Elle entendait même le bruit lointain de l’autoroute. Des pas dans la cour ! Frances, qui ne se demandait plus ce que ça pouvait être, ne se leva même pas pour aller regarder par la fenêtre. Elle n’était pas sortie depuis deux semaines, depuis qu’elle avait entamé sa grève de la faim. Sa colocataire, comme elle aimait appeler Karla, avait essayé de lui faire arrêter sa grève mais Frances refusait obstinément. Elle buvait de l’eau, rien que de l’eau. Le médecin avait réussi à lui faire arrêter sa grève de la soif au bout de trois jours. Karla n’était plus là maintenant et elle lui manquait. Leurs discussions étaient souvent animées mais amères. Au début elles ne se parlaient quasiment pas. Frances avait eu du mal à accepter une noire dans son petit espace vital. Après le viol, Karla l’avait soutenue et l’avait encouragée à porter plainte. C’est grâce à elle si Frances avait trouvé le courage de dénoncer les coupables, c’est grâce à elle aussi si Frances avait pris la décision d’entamer sa grève.
« Plainte pour agression sexuelle et atteinte à la dignité » . Et depuis rien, les coupables avaient nié. Comment prouver une agression sexuelle d’une femme sur une autre femme ? Son avocate lui avait expliqué que c’était pour cette raison qu’elle devait aussi porter plainte pour atteinte à la dignité.
La grève de Frances n’avait même pas fait l’objet d’un article dans le journal local. Personne à Danbury ne s’émouvait de son geste. Cette ville, marquée par le centre pénitentiaire, était devenue insensible à tout, à tous, c’était quasiment dans l’air ambiant. La prison faisait vivre la ville, tout le reste était devenu secondaire.
Il était maintenant 5 heures et 13 minutes. Frances n’avait toujours pas réussi à dormir. Elle se sentait fébrile et son pouls s’accélérait à chaque fois qu’elle entendait le bruit des pas dans la cour. Elle savait très bien ce qui se passait, comme toujours, au milieu de la nuit. Tout le monde le savait ici à Danbury et dans tout le pays. Elle prit le livre sur sa table de chevet et se mit à lire. Page 23. Vingt-trois pages en trois semaines ce n’était pas beaucoup mais elle n’arrivait pas à lire plus vite. Elle le referma, elle n’arrivait pas à se concentrer sur la lecture puis, de toutes façons elle ne comprenait rien à ce roman. L’art d’aimer, Erich Fromm. C’était bien la première fois qu’elle n’arrivait pas à lire un bouquin, de surcroît un bouquin d’un romancier inconnu. Elle n’a rien vu de lui quand elle s’occupait de la bibliothèque. Quand elle l’a ramassé dans la cour elle a été tentée de le déposer près de la porte mais finalement elle a décidé de le garder, elle n’avait plus rien à lire pendant ses longues nuits blanches. Erich… l’orthographe du prénom avait quelque chose d’exotique et elle se mit à rêver de beau suédois ou finlandais ou pourquoi pas danois. Frances rêvait souvent d’européen à la peau douce et laiteuse, elle imaginait sa peau mate contre la pâleur des hommes nordiques. Elle n’imaginait les européens que comme ça, en faisant abstraction totale des méditerranéens aussi mats qu’elle la piquante sudaméricaine. N’empêche que le livre ne la faisait pas rêver du tout et qu’il ne l’aidait pas à s’endormir non plus.
Le jour commençait à se lever et Frances sentait l’air autour d’elle se réchauffer encore. Il n’y avait qu’un seul mot : canicule. Elle se leva pour aller remplir sa bouteille d’eau. Sa cinquième de la nuit. Un litre à l’heure. C’est grâce à ça qu’elle tenait encore le coup. Elle but une gorgée et fit une moue, l’eau était tiède, elle coulait tiède… Elle s’allongea à nouveau et son lit lui parut encore plus dur. Elle avait mal partout, elle sentait les ressorts du matelas sur ses os comme si ces derniers étaient à nu. Frances avait perdu beaucoup de poids en deux semaines, ses rondeurs gracieuses avaient disparu et son visage était creux. On ne voyait que ses grands yeux noirs briller dans la semi-obscurité. Elle essuya la transpiration sur son front et ferma les yeux. Son cœur battait vite et fort. Frances s’employa à respirer profondément pour se détendre. Elle sentait l’air emplir ses poumons puis son ventre. Elle expirait très lentement. Il n’y avait plus de bruit dans la cour. Les bruit de l’autoroute paraissait s’éloigner et le robinet avait fini de goutter. Frances s’endormit enfin. Il était 6 heures.
Emmy 4.01.08


Commentaires
Par Dan le 16/01/2008 à 16h20
J'ai ressnti la détresse et la solitude mais je demeure sur ma faim.
À quand une suite
Beau travail
Par mournblade le 15/01/2008 à 18h56
Je me souviens... tu aurais pu continuer, en faire une nouvelle plus qu'un roman
...I need my baby love...
Par angelilly le 05/01/2008 à 13h54
tous les détails que tu nous décris sont là pour nous rendre la scène plus réelle
quelque part par là, j...
Par isie le 05/01/2008 à 12h57
essaye encore...

contente, tu n'as pas idée, comme je suis contente que tu te remettes à écrire... enfin, que tu te remettes à nous permettre de te lire
Par emmy34 le 05/01/2008 à 09h40
Et oui Fred !! peut-etre un manque de discipline, ou un manque de savoir faire. L'envie d'écrire est là mais je manque certainement de technique.
Maya : Merci pour ton commentaire . Le souci du détail ! Des fois en me relisant je me demande si j'écris ou si je prends des photos.
Entre nous, je me suis lancée un défi : un texte par jour, alors j'écris ou je fouille dans les tiroirs de mon pc.
ayé je marche sur l'eau
Par mayasuperstar le 05/01/2008 à 00h20
Ces trucs griffonnés qui finissent en boule au fond du tiroir
En tout cas le souci du détail fonctionne toujours aussi bien, ça se lit bien, c'est limpide, ça accroche.
J'aime!
appel à la révolution ...
Par jfred le 05/01/2008 à 00h14
c'est dommage que ce ne soit qu'un essai!!!
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