Alice s’arrêta près des boîtes aux lettres, elle sortit une clé de sa poche et ouvrit la sienne. Au milieu de quelques dépliants publicitaires, elle trouva une enveloppe d’un jaune tendre.
Monsieur Gérard, le gardien, qui passait à ce moment là, ne put s’empêcher de regarder l’enveloppe que la jeune fille tenait entre ses mains. Il esquissa un sourire en disant : « Ah c’est beau l’amour ! » et partit en soupirant. Monsieur Gérard était veuf depuis très longtemps, Alice n’arrivait pas à donner un age à cet homme discret, poli et serviable qui donnait à lui seul une âme à cet immeuble cossu mais vétuste qu’elle habitait maintenant depuis 3 ans.
Alice adressa un sourire au gardien et rangea l’enveloppe jaune dans son sac a main. Elle sortit. La journée était superbe, elle avait trente minutes devant elle avant d’aller prendre le bus. Le Café des Arts avait installé des tables en terrasse, comme au printemps. Elle décida qu’elle prendrait son chocolat chaud dehors. Elle choisit une table, au soleil, et s’installa. Georges, le serveur vint la saluer avec un ton familier. Alice prenait son petit déjeuner tous les jours de la semaine au Café des Arts. Un chocolat chaud comme d’habitude mademoiselle Alice ? Elle acquiesça et sourit au serveur en lui lançant un bonjour frais et gai.
Quand le serveur fut reparti, Alice sortit l’enveloppe de son sac. Elle la décacheta lentement. Elle contenait une lettre pliée en quatre. Le papier était assorti à celui de l’enveloppe.
Alice commença à lire :
« Bonjour mon tendre amour,
Depuis quelques jours je m’efforce en vain de ne plus penser à vous, de vous oublier. Mais mon sentiment est trop fort. J’avais décidé de ne plus vous écrire mais ce soir, le cœur au bord des larmes je ne peux me résigner à vous oublier. Je reprends donc ma plume pour vous écrire après cette semaine de silence.
J’aimerais tant pouvoir vous rencontrer ma princesse, vous dire les yeux dans les yeux combien je vous aime, embrasser vos mains si fines et vos yeux si gais. Je vous ai déjà expliqué, c’est impossible pour le moment. Mais le jour viendra et je sais que vous ne serez pas déçue. On me dit plutôt bel homme et je saurai vous faire oublier tous ces mois ou vous me lisiez sans me connaître. »
Alice releva la tête les yeux humides. Le serveur était revenu avec le chocolat chaud et le posait sur la table.
- Il vous a encore écrit Mademoiselle Alice ?
Oui Georges mais je ne sais toujours pas qui il est, pas de nom, pas de visage …..
Le serveur partit et continua de prendre ses commandes. Alice essuya ses larmes avant de se remettre à relire la lettre.
« Je vous croise dans la rue, je vous suis parfois. Vous êtes mon soleil Alice. Dire que je vous aime toujours autant que le premier jour que je vous ai croisée, serait peu. Je vous aime chaque jour un peu plus ma princesse aux yeux rieurs.
Je vous aime Alice et je vous demande de me donner encore un peu de temps. Attendez-moi et vous saurez tout de moi. Je vous rendrai heureuse Alice, tellement heureuse….. »
Alice pleurait et n’arrivait pas a poursuivre sa lecture.
Le serveur s’était rapproché :
- Il ne faut pas vous mettre dans des états pareils Mademoiselle Alice, surtout pas pour un inconnu ! Je reconnais, depuis que vous m’avez fait lire une de ses lettres, qu’elles ont quelque chose que n’ont pas les autres. Quelque chose de plus, quelque chose de spécial. Allez, cessez de pleurer Mademoiselle Alice, un jour vous le verrez, bientôt peut-être, et vous l’emmènerez ici, promis ?
Le serveur tendit une serviette en papier à Alice, elle essuya ses larmes, se moucha et décida qu’elle n’irait pas en cours ce matin. Elle alla se promener sur les bords de Seine profitant pleinement de cette journée de février chaude et ensoleillée. Elle marcha des heures durant, pour se vider la tête.
Vers dix-sept heures elle retrouva son appartement. Un petit trois pièces coquet. Il était encombré de livres, de disques et d’une multitude de bibelots chinés par-ci par-là dans les brocantes et vide-greniers du coin.
Elle avait faim, elle se fit réchauffer une boite de raviolis sauce tomate qu’elle mangea dans la cuisine en silence, feuilletant distraitement le programme télé. Dans la rubrique pratique un article intitulé « Comment reconnaître l’homme de sa vie » la fit penser à la lettre enfouie au fond de son sac. Elle alla prendre la lettre dans le sac et alla la ranger dans sa chambre, dans une boite en carton qui en contenait déjà des dizaines.
Elle prit un bloc de papier qui se trouvait sur la console de l’entrée, son stylo plume et alla s’asseoir à la table en chêne qui se trouvait près de la fenêtre du salon. Elle prit le stylo et commença à écrire sur le papier jaune.
« Bonjour mon tendre amour,
Je t’ai suivie sur les bords de Seine aujourd’hui. Comme tu es belle ! Je t’ai observée de loin pour que tu ne me vois pas, pas encore. Je t’aime et j’ai passé la journée avec toi aujourd’hui. Je voulais enfin me montrer mais je ne peux pas encore. Si tu m’aimes comme je t’aime nous serons bientôt ensemble. Attends-moi je t’en prie ! Attends-moi, je t’aime ma princesse aux yeux rieurs »
Elle contempla la lettre qu’elle venait d’écrire, la plia en quatre et la glissa dans une enveloppe jaune tendre. Sur le dessus elle écrivit
Alice Gendre
37 Rue des Violettes
75012 Paris
Le lendemain, elle prit la lettre qu’elle rangea dans son sac. Elle la posterait au coin de la rue, comme à son habitude. Elle referma à double tour la porte de son appartement et comme tous les matins descendit les quatre étages en sautillant. Arrivée devant sa boite aux lettres, elle l’ouvrit. Au milieu des factures et des inévitables tracts publicitaires elle trouva une enveloppe jaune tendre.
Monsieur Gérard lança une fois de plus un regard amusé vers l’enveloppe qu’Alice tenait entre ses mains et la salua d’un rapide bonjour.
L’adresse était toujours aussi joliment écrite, stylo plume, encre bleue. Alice esquissa un sourire, un sourire surpris. Ce n’était pas son écriture ce matin.
Emmy
12.09.06
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