Voyage Intérieur

Eclaircie

le 04/02/2005 à 01h15

Mensonge !

Le monde n’est pas que jour
Noire la nuit qu’on oublie
Cortège de cauchemars
Aux perçantes ailes aiguës

Jardin !

Laisse-la rêver ma fille
Se cogner contre les durs
Sentiers de l’intolérance
Et prononcer sa sentence
Contre tous ces désamours


Rivière !

Laisse-la pleurer ma fille
Se vider des larmes amères
Sur ses yeux tel un sautoir
Se chercher dans des chimères
Qu’elle n’ait plus peur du noir

Orage !

Cette chienne de vie, immonde
Qui ne nous laisse répit
Prend nos âmes vagabondes
Et menotte nos esprits

Éclaircie !

Chienne de vie, liesse
De nos songes les plus fous
Avançons sans un détour
Sans nous arrêter, ivresse
Vers nos rêves de toujours.

L’orage du mensonge inonde de ses larmes les rivières, les jardins et les chemins de la vie.

Larmes

le 02/02/2005 à 19h44

Larmes

Larme de joie, transparente
Comme l’espoir des beaux jours
Comme un matin qui s’éveille
Encore les yeux tous lourds
D’une lueur qui l’émerveille.

Larme de deuil, suppliante
Cherchant d’un regard attendri
Une grande main compatissante
Qui ôte de son cœur flétri
Cette douleur désespérante.

Larme d’enfant, émouvante,
Celle du premier jour d’école
Larme de peur, convaincante
Sous des airs de farandole
Toute une cour grimaçante.

Larme de rire, insolente
Comme de grands yeux tous fous
Rieurs et provocateurs qui cherchent
Parmi des têtes indolentes
Des grands yeux rêveurs et doux.

Larme de bonheur, éclatante
Celle de la mariée, cintrée
Dans sa robe blanche ,de perles
Roses brodée, comme une déesse coiffée
De fleurs blanches et odorantes.

Larme violente, cinglante
L’arme au poing un assassin
S’acharne sur sa victime
Qui pleure ses tripes, son cœur
Qui pleure toute sa peur.

Larme de rage, militante
Derrière les barricades, pleine
D’espoir et battante, provocante,
Révoltante, utopiste et suffocante
Comme un rêve contre la haine

Vieille larme, chevrotante
Fatiguée comme la grand-mère
Qui a aimé, donné et pleuré
Qui voudrait certes hésitante
Rejoindre sa tombe vacante.

Larme affolée, clignotante
De l’accidentée de la route
Qui regarde sanglotante
À une vitesse déconcertante
Couler son sang sur la butte.

Fausse larme, très distante
Toute larme de convenance
Larme fausse d’intrigante
Qui miroite impudique l’héritage
Convoité de sa grand-tante

Larme de vie, larme de mort
Larmes de cœur ou fausses larmes
Elles nous touchent, nous appellent
Nous dégouttent, nous rappellent
Que l’homme est aussi fait d’eau
.

Emmy

02.02.05

Tourment

le 02/02/2005 à 16h06

Tourment

Partir rejoindre cette île
Ou les tourments de l’amour
Deviendront brise futile
Sur les vagues du parcours.

Partir le cœur lourd et rouge
D’avoir aimé sans retour
Oublier que rien ne bouge
Dans ce monde noir et sourd.

Partir sans laisser de trace
Sans cris ni pleurs ni discours
Et fondre comme la glace
Comme le sel des amours.

Oublier, mourir de crainte
D’être oublié à son tour
Avant que le temps nous éreinte
Sur le point du non retour.

Partir rejoindre ton île
Souriant, le cœur léger
Partir rejoindre ton île
Étant sur d’avoir aimé.

Sourire aux vagues aux brises
Sourire à tes yeux d’enfant
Ceux que l’amour terrorise
Partir serein et confiant.

Emmy

01.02.05

Sur la Peau

le 02/02/2005 à 15h18

Sur la Peau

Ton corps attend avide
Le soleil brûlant de l’été,
Comme la dune placide
À l’odeur douce et salée.

Une caresse sensuelle
De l’astre doux et limpide
Que l’aurore nous révèle
Dès son réveil, splendide.

Ta peau dorée se satine
Ton corps, rêveur, s’alanguit
Et sur la plage, mutine,
Tu attends l’astre du midi.

Et comme un chat tu t’étires,
Voluptueuse et féline.
Ta peau faite pour séduire
Même la brise fascine.

Emmy

02.02.05

Femme Noire

le 01/02/2005 à 14h53

Femme Noire

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie,
de ta forme qui est beauté !
J’ai grandi à ton ombre; la douceur
de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu’au coeur de l’Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise,
du haut d’un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l’éclair d’un aigle
Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases
du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis
aux caresses ferventes du Vent d’Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde
sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée
Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme
aux flancs de l’athlète, aux flancs
des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles
sont étoiles sur la nuit de ta peau.
Délices des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or
ronge ta peau qui se moire
A l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon
angoisse aux soleils prochains de tes yeux.
Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme
que je fixe dans l’Eternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise
en cendres pour nourrir les racines de la vie.


Léopold Sédar Senghor

Illustration : Portrait Titouan Lamazou

Mère à la Mer

le 31/01/2005 à 00h22

Mère à la Mer

J’ai appris à compter les heures
qui me séparent de ton retour.
Je regarde cette mer, mère et tombeau à la fois.
J’ai peur qu’elle te garde dans son ventre.
Cœur serré, peur à l’âme.

Horizon dégagé, la nuit tombe, lourde.
Rien ne bouge dans le crépuscule.
Tu aurais dû être là hier.
Je m’étais préparée à tes bras,
Je m’étais préparée à l’étreinte.

Un jour, un enfant nous réunira à jamais.
J’ai peur. Je ne saurai pas être deux à t’attendre.
Des larmes pour deux, deux fois plus de craintes.
Cet enfant je ne le veux pas pour moi.
Je le voudrai un jour, avec toi, pour lui.

Ce jour là, sereine,
Accoudée ,comme aujourd’hui, à la fenêtre,
Je saurai dominer l’angoisse, la juguler
Pour la faire disparaître.
Te regarder arriver et te laisser repartir,
Sans crainte.

Mon ventre de mère à la mer
Enfantera enfin d’un enfant de l’amour
Désiré, pas pour moi, pas pour toi,
Avec toi et
Simplement pour lui.

Emmy

31.01.05

Illustration : Salvador Dali

L'enfant malade

le 30/01/2005 à 18h20

L’hémophilie avait emporté mon frère aîné deux ans avant ma naissance.
Elle a emporté mon frère cadet en 1996 à l’age de 32 ans.
Ce n’est pas la maladie qui l’a emporté, il a été  assassiné.
J’ose le mot ! J’ose la colère !
Le sang contaminé, la séropositivité, le sida.
La mort.
La mort à petit feu, les soins intensifs, l’espoir.
Acharnement thérapeutique ?
Peut-être. Mes parents n’ont pas pu en décider autrement.

Comment peut-on se résigner à la mort d’un enfant ? De deux .
Comment aller au delà de cette culpabilité même inconsciente qui nous étouffe dès qu’un de nos enfants est différent ?
Comment cesser de faire confiance à ceux qui l’ont soigné pendant de nombreuses années pour le tuer plus tard?
Responsables mais non coupables !
Elle est belle la justice ! Foutaises !

Même pas de colère visible chez mes parents, de l’effondrement, de la résignation.
De la fatigue et de l’impuissance.

Que le spectacle continue !!!!!!!!

Comment grandir avec le fantôme d’un grand frère parti trop tôt et dont les photos tapissaient et tapissent encore les murs de la maison familiale ?

Comment grandir ?
Je devrais plutôt demander :
Comment rester une enfant alors qu’on vous demande de vous comporter en adulte trop tôt ?

Comment apprendre à rêver sans les mots d’amour d’une mère trop occupée à panser ses blessures, à faire des deuils qu’elle ne peut décemment pas faire ?

Comment et pourquoi ?
Ces deux mots ont hanté toute mon adolescence.
J’ai été une enfant triste, sage et triste.
Bonne élève.
Respectueuse mais secrète.
On avait oublié de m’apprendre à m’exprimer sur ce qui me touchait, sur ce qui me motivait vraiment.

« Pleurer ne sert à rien » voilà la phrase préférée de ma mère.

Et moi qui pensais qu’on ne peut rire vraiment que quand on a tout pleuré.

Déphasée, je me sentais déphasée. Pas à ma place.
J’ai « grandi » seule .

Comme un E.T. étrange je cherchais ma maison, ailleurs, dans ma tête,
dans mes rêves, dans mes utopies.
La religion , la peinture, la poésie, l’écriture, la justice,
la cause des enfants et celle des minorités.

Mort aux dictateurs !

Rêves

le 30/01/2005 à 01h36

Au pluriel, évidemment. Novembre 1999.

Je ne pouvais que tomber dans tes bras, d’abord ce qu’il y avait de plus virtuel et en même temps de plus sur. Tu m’as proposé ton épaule, à vrai dire tu as proposé ton épaule à mon cœur, déchiré, brisé par ton compagnon de délires du moment, un certain Nemo.

J’ai glissé de ton épaule, tout doucement, vers tes bras, grand ouverts, amicaux, chaleureux. Découverte.

Tu as su panser ma blessure, combler ce vide douloureux laissé par la perte d’un être qui venait à peine de s’installer dans mon cœur.
Tu as trouvé les mots, tu as su me faire rire, tu as fait renaître l’envie, celle de croquer la vie à pleines dents.

Le Capitaine avait été mon révélateur, il m’avait donné la force de croire en moi, de m’aimer.
Oiseau blessé que je n’ai pas su soigner, trop à vif de ma propre souffrance, trop écorchée de cette solitude qui me pesait tant, je n’ai pas su le garder auprès de moi. Je ne regrette rien.

J’ai aimé tes bras tout autant que ton épaule, plus encore. Tu m’as donné envie de rêver à nouveau, rassurée, écoutée, aimée.

Ce qui ne devait être qu’une découverte de passage, un exercice de style, un délire plaisant, a survécu. Je serais allée au bout du monde te rejoindre. Tu étais l’inconnu idéal, le mystère de nos visages au delà de la découverte fut une aventure magique.

Magique comme cette histoire vraie qui nous réunit encore et qui nous unit, scellée par une amitié que nous avons voulu, cherchée, soignée.

Transformation réussie !

A ceux qui prétendent que le net n’est que du virtuel, j’ai envie de dire qu’il suffit d’être soi, d’être vrai et de relever les défis pour que le rêve devienne réalité.

Merci à cet outil de communication magique et merci à toi, REVES, mon ami que j’aime.

Jean

le 30/01/2005 à 00h49

Mai 2000.

Le net. Solitudes.
Crises d’identité : deux.
Cœurs à nu.
Explorateurs de l’autre.

Les points communs. Les points.
La course aux cadeaux, comme chez Total.
Coup de foudre. Solitude trompée.
Barrières brisées. Un mirage ?

A cœur ouvert, un coup de tête !
C’est trop intense pour être un mirage.
Frisson, désir. Dune, Hoggar.
Le désert se peuple
D’images

Pic-nic sur la plage, seau, pelle
et râteau bleus. Coup de cœur,
coup de soleil, sable sur la peau.
Frissons, fièvre, vin.
Profiteroles au chocolat.
Dune.

Je t’aime mon « Père Noêl aux yeux pas bleus »
Assis sur le rebord du monde,
bras ballants, jambes pendantes,
tu voulais une petite fille brune.
Avec de grandes oreilles.

Des baisers, toujours des baisers.
Dali, les tellines en persillade.
La tête entre ciel et mer, un coucher
de soleil sur Cadaqués.
Des baisers, des frissons,
Silences partagés.

Le Hoggar en tête tu rêves de m’enlever
Et tu prends peur. A trop me désirer,
Tu en perds l’amour. Déchirure.
Rouge passion, rouge sang.

Ou est notre petite fille brune ?
Dans nos cœurs à jamais,
Comme cette blessure
Que tu effaces jour après jour
De ton amour, sur et mur
Aujourd’hui.

Prends ma main et marchons
Droit devant. Prenons
Ce que la vie nous donne,
Au jour le jour, sans désirer
Rien d’autre, rien de plus.
Carpe diem mon amour

Vivons au jour le jour, laissons
Nous émerveiller, par ce désir intense
Que nos yeux d’enfant
nous font savourer .
Sereinement.

Sois mon homme, ma raison et ma folie.
Sois encore mon frisson et mon sourire,
Mes larmes et mon bonheur,
Sois toi, simplement TOI.

Je t’aime.

L'inconnu au Verre

le 29/01/2005 à 23h27

Un verre à la main tu dégustais ton breuvage d’une façon sensuelle, quasi provocante : de tes yeux, du bout de tes lèvres tout en me regardant. Ta langue se baladait sur tes lèvres et j’avais l’impression qu’elle était sur les miennes.

Tu posais un regard appuyé sur mon visage, tes yeux allaient de mes yeux à ma bouche d’un mouvement rythmé. Tu me troublais d’une façon étrange.

Mon cœur battait fort et mon trouble devenait apparent. Quand tu t’approchas de moi, je fus incapable d’articuler un seul son. Je t’entendis dire : « Vous m’inspirez tout autant que cet excellent Châteauneuf » .

Hébétée, le visage empourpré, je m’entendis répondre « merci ».
Ton large sourire finit de me désarmer, je perdais tous mes moyens.

Tu te retournas, avançant d’un pas ferme pour revenir aussitôt deux verres à la main. J’étais en train de partager ton vin préféré.

L’alcool réussit à me détendre. Je fus même capable de te dire combien j’appréciais ta compagnie. Tu étais bavard, rieur, passionné. Tu m’as parlé de ton vin comme on parle d’un être aimé, les yeux brillants, le verbe facile, d’un ton enjoué.

Nous nous sommes quittés avec un seul et unique désir : celui de nous revoir très rapidement

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