Voyage Intérieur

Atélier d'écriture - Tertulia

"Enfants, vous aviez des rêves"

le 01/10/2006 à 18h47

Vendredi 29 septembre 18 heures 30

« Ou sont passés tes rêves d’enfant ? Te souviens-tu quand petite fille tu fermais tes yeux en rêvant d’être un jour médecin ? Te souviens-tu un peu plus tard de tes rêves de prince charmant ? Des premiers émois en regardant les yeux de Nicolas ? Te souviens-tu, Cécile, des heures passées à rêver nos vies? Te souviens-tu des serments d’amitié éternels prononcés tous les soirs avant de dormir quand nous partagions la même chambre à l’internat?

Dis-moi que tu te souviens Cécile ! Dis-moi quelque chose! Envoie-moi un seul signe, donne-moi enfin un signe de vie. Ou est tu partie mon amie? Ma seule confidente, ma seule amie de cœur, ma sœur.. Ou est tu partie? Dans quels rêves est-tu plongée? Nous nous étions promises de ne jamais rêver l’une sans l’autre, souviens-toi! Nous nous étions promises de jamais nous quitter! Reviens-moi Cécile, reviens-nous ! Je t’en prie! Au nom de notre amitié, au nom de la vie, au nom de nos rêves.

Tes rêves vont se réaliser. Tu seras médecin Cécile et ton prince charmant il est toujours là. Il t’aime ton Nicolas, au moins aussi fort que tu l’aimes. Je sais que tu peux m’entendre, je sais que tu peux sentir ma main, je sais que tu peux percevoir les battements de mon cœur. Cécile, écoute-moi : Je connais tes rêves depuis notre plus tendre enfance. Cécile, écoute-moi : c’est Audrey ton amie qui te parle, qui te supplie de nous revenir. »

- Mademoiselle ! L’heure des visites est finie. Il faut la laisser maintenant. Bien sur que vous pouvez revenir demain et après demain aussi et autant que vous le voudrez.

Audrey quitta l’hôpital les larmes aux yeux. Elle était la seule qui continuait à rendre visite à Cécile depuis ce terrible accident qui l’avait plongée dans un coma profond. Carole ne savait pas que ses parents avaient péri dans l’accident, Audrey n’avait pas osé, n’oserait jamais le lui dire. Nicolas n’avait plus la force de continuer à rendre visite à son aimée, il avait du mal à croire à ce réveil pourtant si attendu. Cécile entendait vraiment ses mots ? Ses visites servaient-elles vraiment à quelque chose ? Audrey portait en elle non seulement ses propres rêves mais aussi ceux de Cécile, elle s’en sentait responsable. Elle avait même ajouté un rêve à tous ceux qu’elles partageaient en se les confiant. Elle rêvait du jour ou Cécile sortirait enfin de son coma, du jour ou la vie reprendrait quasiment comme avant. Un rêve d’adulte pour que les rêves d’enfant deviennent enfin réalité.


Emmy
01.10.06

En réponse au Sujet 75 Blog tertulia






Elsa

le 07/08/2006 à 22h47


Il était trois heures du matin et elle était encore dehors. Les lacets de ses Doc Martens traînaient par terre et trempaient dans les flaques d’eau de pluie. Toute la ville était détrempée. Il pleuvait depuis maintenant trois jours. Elsa sentait l’humidité traverser son blouson. Elle marchait depuis longtemps, des heures, des jours peut-être. Elle aurait pu prendre le train ou le bus ou même le taxi. Elle avait de l’argent sur elle mais elle ne savait pas ou elle allait. Depuis qu’elle avait décidé de partir, elle passait régulièrement au distributeur de billets et elle retirait dans la limite de son plafond hebdomadaire. Son père approvisionnait ce compte qu’il avait ouvert pour elle le jour de ses douze ans. Il lui avait offert aussi une carte bancaire en lui expliquant qu’à compter de ce jour là elle devait gérer son argent de poche. Elsa pouvait retirer jusqu’à quarante euros par semaine. C’est comme cela qu’elle se retrouvait aujourd’hui avec quasiment mille euros en espèces.
 
Elle savait pourquoi elle marchait : tout d’abord la recherche de sa mère disparue sans crier gare. Elle est partie un matin au travail et elle n’est jamais rentrée. Ca pouvait paraître banal, classique, mais Elsa n’avait jamais réellement cru à une fugue. Il y avait tout au fond de cette gamine une douleur, une blessure qui ne cesserait jamais de saigner. C’est pour cela aussi que Elsa marchait. Elle se souvenait des dernières disputes de ses parents.

On avait attendu sa mère. Son père aussi attendait. Mais, qu’attendait-il ? Qui attendait-il ? Elsa avait peur, elle avait toujours su au fond d’elle que son père mentait. Mais, pourquoi les autres ? Pourquoi les autres mentaient aussi ? Tout le monde lui mentait. Elle sentait bien qu’on ne lui disait pas la vérité.

Elle marchait aussi pour oublier. Sa mère avait peut-être une autre vie ailleurs. Elsa pouvait maintenant le comprendre. Elle avait peut-être d’autres enfants ailleurs. C’est ce que son père laissait souvent supposer sans jamais être clair dans ses propos.

La pluie traversait maintenant le blouson. Elsa frissonnait. Elle sentait ses cheveux, pourtant très courts, goutter dans son cou. Elle se dit qu’elle avait de la chance d’être dehors fin avril et non fin février. Elle aurait voulu partir le même jour que sa mère, juste pour tester son père.

Avait-il averti la police ? Elsa était-elle recherchée ? Elle essuya les gouttes dans son cou du revers de sa main et elle revint à ses pensées. Elle avait mille raisons de marcher.

Elle marchait pour y voir plus clair. Ses pensées s’écoulaient de façon plus fluide en marchant.

Son père était devenu plus calme depuis le départ de sa mère mais il continuait à vouloir tout régenter. Souvent il demandait à Elsa de porter les vêtements de sa mère. Elle refusait même si la colère de son père la ramenait des années en arrière. Elle ne le ferait pas !

Deux jours avant son départ il insista à nouveau pour que Elsa porte la petite robe noire de sa mère. Elle refusa comme à son habitude mais il ne se mit pas en colère. Il serra la robe dans ses bras et il pleura comme un enfant. Elsa ne le redoutait plus mais elle avait du partir.

On la retrouverait sans doute aucun mais il fallait qu’elle prouve qu’elle pouvait réussir. Sa mère envahissait à nouveau les pensées de l’adolescente. Elle fit un effort pour trouver encore un motif pour marcher.

Elle marchait pour réussir. Elle réussirait encore comme au premier trimestre à être la première de la classe. Elle serait épargnée tant qu’elle aurait de bonnes notes. Son père le lui avait toujours dit, même sa mère lui disait avant son départ. « Travaille bien à l’école Elsa, je ne veux pas que tu sois malheureuse comme moi ».

Elle plongea les mains dans les poches de son blouson. Elle sourit. Elle aimait ce vieux blouson aux poches trouées. Elle sentait ses doigts s’engourdir avec le froid. Elle marchait, elle regardait ses pieds, elle avait les yeux lourds et la bouche amère.

Elle marchait à présent sur le bord d’une route. Elle regardait le bitume irisé de reflets d’hydrocarbures. Elle s’arrêta et se retourna pour regarder la ville au loin. Le soleil ne tarderait pas à se lever. Une brume effilochée montait du fleuve et s’étendait dans la vallée. Elsa aimait les paysages de printemps, elle admirait les courbes des collines le long du fleuve. Elle se dit qu’elle aimerait vivre ici le long du fleuve, seule.

Elle avait quitté la ville morne et triste ou il n’y avait plus de place pour elle. Elle ne voulait pas de cette vie bourgeoise, elle ne voulait pas de cette ville bourgeoise, elle ne voulait pas de ce père bourgeois.

Elle marchait dans la pluie, dans le brouillard, dans le vent. Sa montre indiquait six heures. Ca ferait bientôt douze heures qu’elle marchait.
Une gare était là devant ses yeux. Elsa eut peur d’être reconnue mais elle resta une inconnue parmi tant d’autres. Elle avança jusqu’au guichet et acheta un billet pour Forbach. Trente minutes avec les arrêts. Elle venait de mettre douze heures pour faire cette même distance.

Bientôt elle serait de retour à la maison. Elle prendrait son sac de cours qu’elle avait caché dans le garage. Son père serait rentré du travail et quand il lui demanderait pourquoi elle n’était pas là quand il est parti à l’hôpital pour sa garde hier soir, elle lui répondrait qu’elle s’était attardée chez Marina.

Elsa monta dans le train, sortit de sa poche une enveloppe et regarda la photo à l’intérieur. Elle sourit, longuement.

La fille sur la photo lui ressemblait étrangement. Elle devait avoir une dizaine d’années. Elsa n’irait pas à Nantes. Elle ne voulait plus rien savoir. Ni ce qu’était devenue sa mère ni ce qu’était cette gamine qui lui ressemblait de façon aussi frappante. Elle déchira la photo et alla s’asseoir dans un compartiment vide. Elle regardait la pluie couler le long de la vitre et s’endormit avant d’arriver à Forbach.
 
Quand le contrôleur réveilla l’adolescente trempée en annonçant le terminus, Elsa, les yeux encore embués de sommeil, lui répondit : Je rentre chez moi, monsieur,  et j‘espère que mon père ne va pas trop me gronder car je l’aime.

Emmy
07.08.06


Elise

le 30/07/2006 à 19h18

Antoine regarde la mer les yeux vagues. Depuis la jetée il peut voir toute la plage. C’est ici, il en est sur, sur ce même rocher, qu’il l’a embrassée pour la dernière fois. C’est si loin dans le temps et pourtant si fort dans sa mémoire. Ils s’étaient épris immédiatement l’un de l’autre en se voyant, un coup de foudre, un vrai. Il avait dix-huit ans et Elise dix-sept. Antoine se souvient de l’arrivée au camping, des bouchons sous le soleil de juillet et d’Elise. Il la revoit seule, boudeuse, à l’arrière de la voiture sur le parking du camping. Elle avait l’air si fatiguée qu’il avait eu envie de la prendre dans ses bras. Il lui a sourit. Elle lui a sourit aussi. Quelques instants plus tard il découvrait que leurs emplacements étaient face à face. Et dire qu’il avait râlé pour suivre ses parents en vacances !
La méditerranée ! En fait c’était la destination qui comptait, lui, l’enfant du Nord, rêvait de méditerranée. Il ne regrettait plus.
Elle ! C’était Elle ! Il en était sur.
Le cœur léger, il aida ses parents à l’installation tout en gardant un œil sur l’emplacement d’en face. Elle boudait toujours mais elle était sortie de la voiture. Elle regardait ses parents discuter du positionnement de la caravane. Elle avait l’air absente.
Antoine avait remarqué leur immatriculation et se dit qu’ils avaient fait la route ensemble. Le Nord, le Pas de Calais… Antoine sourit à l’idée d’avoir rencontré la femme de sa vie. Une idée saugrenue à seulement dix-huit ans.
Les parents d’Antoine s’émerveillaient de l’entrain de leur fils et de l’énergie qu’il déployait pour les aider à l’installation. Ils se sont dits que finalement ils avaient bien fait d’insister pour qu’il les accompagne.
A la fin de la journée l’installation était terminée. Antoine partit découvrir la plage. Elle était assise au bout de la jetée. Elle regardait le soleil couchant sur l’horizon. Antoine s’assit à côté d’elle et ils se mirent très rapidement à discuter. Ils étaient tous les deux là pour un mois. Ils se réjouirent d’avoir un mois pour faire connaissance. Sans même s’en rendre compte ils échangeaient déjà des regards amoureux. Elise et Antoine devinrent inséparables. Ils passaient leurs journées ensemble, il se mêlaient aux autres jeunes du camping pour les feux de camp et les veillées sur la plage mais passaient beaucoup de temps en tête à tête.
Ils découvraient la méditerranée mais surtout l’amour. Tout doucement au début, beaucoup plus vite par la suite. Très vite. Trop vite. Antoine ne voulut pas revoir Elise après cet été là. Il la prit pour une fille facile. Si elle s’était donnée à lui,  elle se donnerait aussi facilement aux autres.
Les vacances touchant à leur fin, il l’avait boudée et ils n’avaient même pas échangé leurs adresses. Pourtant juste une semaine avant ils avaient fait l’amour. Leur première fois.

Aujourd’hui, Antoine se dit qu’on a les idées courtes à dix-huit ans. Il pense à Elise et aux bracelets en argent qu’ils avaient échangé avec des serments d’amour éternel. Il comprend enfin qu’elle était simplement amoureuse, tout comme lui. Vingt ans après Antoine a éprouvé le besoin de revenir sur ce lieu avec ce bracelet qui ne l’a jamais quitté. Une gourmette en argent au doux prénom d’Elise. Il se demande si Elise a gardé le sien. Il pense encore, comme au premier jour de leur rencontre que c’est Elle mais aujourd’hui il est trop tard, beaucoup trop tard.

Emmy
30.07.06

Ce texte a été écrit en réponse au sujet de la semaine sur le blog TERTULIA

Dimanche Matin

le 25/06/2006 à 12h36
Dimanche matin, neuf heures trente trois, je suis réveillée par un rayon de soleil sur mon visage. Je n’aime pas le dimanche matin. Je n’aurai même pas besoin de courir pour arriver à l’heure au travail.

Machinalement, par le poids d’une habitude qui sera difficile à perdre, ma main explore l’autre côté du lit, vide, froid, propre, lisse… Je cherche en vain la trace de sa tête sur l’oreiller comme en ces premiers temps de notre vie commune ou il se levait sans faire de bruit pour aller acheter nos croissants du dimanche.

Il me suffirait de changer les draps pour effacer toute trace de lui, l’odeur de son parfum disparaîtrait enfin et ma tête ne serait plus entraînée comme autrefois mon corps dans le sillage de ses envies et de ses désirs. Ma poupée, c’est comme cela qu’il aimait m’appeler. Son parfum finira bien par s’évaporer maintenant qu’il n’est plus là. Son souvenir devient brumeux dans ma tête.

Le soleil atteint mes yeux, je grimace. La maison ne sent pas le café frais, les croissants ne seront pas là ce matin. Ils ne seront plus jamais là, pas dans les mains de Sébastien en tout cas. La simple idée de manger un croissant me donne la nausée.

Assise sur le bord du lit, la tête entre les mains, les coudes sur les genoux, je contemple la chambre, la commode sur laquelle se trouvent les bracelets en bois qu’il m’avait ramené du Mali le mois dernier. Je le voyais encore m’implorer d’arrêter, je voyais sur son visage cette moue si particulière entre douleur et plaisir. Je revoyais le champ de bataille de nos étreintes. Je l’entendais encore me dire « ma poupée ».
J’allais devoir passer l’aspirateur, je ne voulais plus aucune trace de lui dans cette chambre. Passer l’aspirateur, laver la chambre à fond, changer les draps. Chasser son odeur, chasser l’écho de ses râles, chasser son image.

Je me levai lentement, aussi lentement qu’un lendemain d’ivresse. Aussi lentement que le lendemain du jour ou il m’avait fait découvrir l’ecstasy. Je me dirigeais tout aussi lentement vers la cuisine ou je fis chauffer l’eau pour le café. Le frigo était rempli de tous ses produits survitaminés sans colorant, sans conservateur, sans matières grasses, sans goût, sans surprise, sans vie. J’attrapai un sac poubelle sous l’évier et j’entrepris de me débarrasser de tous ces produits superflus que je ne voulais plus voir. Plus chez moi…

Mentalement je dressai la liste de tout ce que j’aimerai à nouveau voir en ouvrant la porte de mon frigo. L’eau bouillait sur le gaz, je remis au lendemain la corvée de vidage du frigo et suis partie me faire un café, fort, j’en avais besoin. Demain je finirais de vider le frigo et je m’attaquerais au placard et aux poudres protéinées.

Mon café à la main et une tartine dans l’autre je partis m’installer dans le salon, j’ai cru, l’espace d’un instant le voir, moqueur, me regarder vernir mes ongles de pied.
Je me rendis compte qu’il faudrait encore du temps, encore plusieurs sacs et certainement plusieurs cartons pour qu’il achève de disparaître, pour que sa présence finisse de m’obséder. Je finis de boire mon café et retournais dans la chambre. Il y avait aussi ses affaires dans l’armoire.

Je me surpris, immobile, au milieu de la chambre une de ses chemises en soie dans la main. Je la jetai à terre, ce n’était pas en donnant prise à la nostalgie que j’avancerais vers la paix. Le froissement du tissu avait réveillé en moi des envies, des désirs. Je chavirais dans ma tête. Dans ma mémoire, encore toutes fraîches, les étreintes passionnées, le désir fou, les lents déshabillages, les caresses soyeuses…

Je pris rapidement mes affaires et je battis en retraite vers la salle de bain. J’avais oublié que la salle de bain était loin d’être un refuge ! Son parfum devenait obsédant dans cet espace réduit comme s’il marquait encore son territoire. Encore une fois je l’entendis dans ma tête me dire « ma poupée »…

Cette petite portion d’appartement me donnerait au moins autant de travail que le frigo. Nous n’étions pas un couple conventionnel, il passait des heures dans cette minuscule salle de bains à prendre soin de son corps, j’étais obligée de ruser pour arriver, après ma douche à prendre soin de moi. Il était toujours là, pressant, avec un flacon quelconque à la main sous prétexte qu’il était urgent d’essayer ce nouveau produit avant la prochaine compétition. L’armoire débordait de crèmes et autres huiles pour le corps destinées pour la plupart à sublimer les muscles. Il y avait aussi tout un rayon épilation.

La glace, au dessus du lavabo me narguait en me renvoyant encore une fois son image. J’eus l’espace d’un instant l’envie de fuir, de tout abandonner. L’envie de partir loin d’ici, de déménager de ce quartier, de cette ville, de partir à l’autre bout de la planète. J’aurais pu aussi mettre le feu à l’appartement pour détruire définitivement toute trace de lui. Et , après le feu, tout recommencer à zéro. Oublier le passé, oublier son nom, oublier son corps, oublier son sourire.

Je savais que je pourrais, oublier n’était maintenant qu’une question de temps et de volonté. Avant de quitter la salle de bain je jetai un coup d’œil vers la baignoire : le plus dur serait encore de faire disparaître son corps.

Emmy
25.06.06

Dis-moi quelque chose....

le 28/05/2006 à 18h56
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Dis-moi quelque chose…

Dis-moi quelque chose ou alors tais-toi à jamais ! Dans une minute, dans une heure, demain, il sera trop tard. Il est déjà trop tard pour toi, pour nous. La vie nous a désertées toutes deux.

Souviens-toi, la première fois j’avais à peine trois ans. Peut-être que ce n’était pas la première fois mais je n’ai pas de souvenir d’avant. C’était l’été, il faisait chaud, très chaud, trop chaud. J’avais mis mes pieds nus dans la bassine. La bassine était profonde et j’avais retroussé ma robe pour ne pas la mouiller. Je n’avais qu’une envie, me déshabiller et m’asseoir au fond de cette bassine en zinc. Tu es arrivée sans faire de bruit, j’étais absorbée par la douceur de l’eau fraîche sur mes jambes et par l’odeur acre du zinc mouillé. Tu as pris ma tête et tu l’as enfoncée sous l’eau. L’air me manquait. Tu criais tellement fort que l’eau n’arrivait pas à étouffer tes cris. L’air me manquait mais tes mains maintenaient ma tête sous l’eau. C’était l’eau pour la lessive, oui, tu avais préparé l’eau pour la lessive et j’avais osé un bain. Tu criais encore et encore. Grand-mère t’a giflée et m’a sortie de là. Tu es partie en pleurant, sans rien dire…

Ensuite ce fut la mer qui a voulu m’emporter. Une vague as-tu dit beaucoup plus tard au maître nageur pour lui expliquer ma phobie. J’ai questionné grand-mère, j’avais à ce moment là dix ans. Grand-mère est restée évasive. Oui, si tu le disais, une vague m’avait emportée à la baignade et tu n’avais pas pu me retenir.
Pour mes six ans tu m’as offert la première fessée. Je suis tombée en rentrant de l’épicerie, j’étais fière d’avoir réussi à sauver les bouteilles et les yaourts. J’avais hélas déchiré ma robe en tombant et mes genoux étaient écorchés. Mon sang a taché ton tablier blanc. Tu as crié, tu m’as prise dans tes bras, pas pour nettoyer mes plaies mais pour me retourner, baisser ma culotte et taper avec ta sandale que tu avais prise dans ta main droite. J’ai gardé les traces pendant plus de deux semaines. Grand-mère n’a rien pu faire, elle n’était pas là. Elle a vu les bleus en me donnant le bain dans la grande bassine en zinc. Elle n’a rien dit, elle a pleuré en silence.

Subitement plus d’eau, tu avais peut-être eu peur ou est-ce grand-mère qui avait réussi à te calmer ? Je ne le saurai jamais, grand-mère est partie le jour de mes dix-huit ans, tu pleurais comme une enfant, sans rien dire…

La dernière fois j’avais douze ans. Je rentrais de l’école et comme d’habitude tes cris m’attendaient. J’ai pleuré pour me protéger de toi, pour me protéger de ta furie. Tu m’as giflée et couru après moi jusque dans ma chambre. Acculée contre le mur je n’ai pas pu me soustraire à ta violence. Tu me donnais des coups sur le visage, sur la tête, tu criais. Tu as pris ta chaussure et tu allais me fesser quand je me suis retournée. J’ai hurlé, plus fort que toi. « Je te déteste » avant de m’effondrer en pleurs. J’ai eu droit à ma fessée et je me suis laissée faire, encore une fois. Je savais que ce serait la dernière. Je fuguerais s’il le fallait mais tu ne me toucherais plus.
Tu es restée figée en voyant que je ne me débattais pas, je répétais seulement, comme une litanie « je te déteste » au rythme de tes coups.
« Je te déteste, je te déteste, je te déteste…. »
Tu t’es mise à pleurer, sans rien dire… et pour la première fois tu m’as prise dans tes bras en me disant « c’est pour ton bien, maman fait ça pour ton bien, parce qu’elle t’aime ». Tu parlais de toi comme on parle d’une autre personne. Je t’ai regardée droit dans les yeux, tu as tourné la tête et j’ai continué la ritournelle
« je te déteste, je te déteste, je te déteste…. »

Grand-mère n’était plus là pour me défendre. Elle avait regagné son appartement depuis bien longtemps, depuis que tu avais arrêté de travailler pour t’occuper de mon petit frère malade.

Ce jour là tu as compris que tu ne devais plus me toucher, tu as remplacé tes coups par des mots assassins. Je suis restée pour mon frère, je ne voulais pas que tu le battes lui aussi. Je me trompais, lui, tu ne le toucherais jamais, il était différent comme ce grand frère que je n’ai jamais connu et que j’étais censée remplacer.

Ta haine est toujours présente même ici sur ton lit de mort. L’air est humide et  empreint d’une odeur acre comme de zinc mouillé. Une odeur acre de pleurs étouffés , une odeur acre de souffrance contenue. Tu peux partir, je n’oublierai jamais mais je te pardonne.
Dis-moi quelque chose…

Emmy
26.05.06

Ce texte a été écrit en réponse au sujet 57 du blog Tertulia





Journal d'un séducteur

le 09/04/2006 à 21h26

Le journal d'un séducteur

Vendredi

Je commence à me lasser de Nadège et par la même occasion je commence à croire aux blagues sur les blondes. Elle n’est pas fatigante pourtant, je n’ai même pas besoin de lui faire des promesses ou de parler de projets. Belle bouche, belles fesses mais rien dans la tête, un no man’s land. A se demander si quand je lui dis des mots doux à l’oreille ce n’est pas l’écho que j’entends en retour.

Julie, elle, ce n’est pas pareil. Qu’est-ce qu’elle est bavarde ! Hier soir je n’ai pas pu en placer une au Pub. Ca m’a gavé et j’ai monté un bateau pour ne pas passer la nuit avec elle. J’ai été odieux, je lui ai expliqué que j’avais une allergie cutanée et qu’elle était certainement due à son parfum. Alors elle s’est mise à pleurer en me racontant qu’elle était si bien avec moi, qu’elle nous avait préparé un repas aux chandelles.
Ce qu’il y a du bien au Pub c’est que les nanas ont une consommation offerte, du coup ça en attire beaucoup. Pas mal de matos hier soir : des petites jeunettes, des plus mures, des timides, de celles qui te matent le paquet dès que tu les regardes et Corinne ! Belle, souriante, mince, proie facile. Voiture, hôtel. Elle me rappelle demain.

Samedi

Je n’ai pas appelé Nadège. Pas de nouvelles de Julie, je l’ai quand même appelée pour lui dire que mon allergie était toujours là et qu’elle progressait. Elle a encore pleuré. Corinne m’a rappelé. Nous sommes allés au cinéma avec une copine à elle. Affreux le film, une histoire d’amour ou tout le monde aime tout le monde mais ils n’osent pas se le dire. Personne ne bronchait dans la salle, j’ai cru même que j’allais m’endormir. Au bout d’une heure, j’ai essayé de peloter Corinne, elle a soupiré agacée. Dix minutes après je pelotais Valérie qui s’y est mise quasiment de suite. Je la vois à 20 heures et je vais chez Corinne à 23 heures puis en sortant certainement au Pub, c’est soirée infirmières ce soir.

Emmy 05.04.06

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Le journal d'Arnaud

le 09/04/2006 à 21h23


Le journal d'Arnaud

Mardi 2 avril 1970

Aujourd’hui elle m’a regardé une minute entière. Elle a un regard si différent, si envoûtant. J’ai vraiment crû me pâmer, pourtant je ne suis pas une mauviette.
Au bout d’un long silence elle a dit : « Bravo Arnaud ! » Elle connaît mon prénom, elle m’a appelé par mon prénom ! Je crois que je suis devenu tout rouge mais elle ne me regardait plus à ce moment-là.
Elle c’est Carole, c’est le plus beau prénom de la terre.
C’est la première fois qu’elle me fait une déclaration en public. Je suis si content que j’ai envie de le crier à la terre entière.

mercredi 2 avril 1970

Aujourd’hui je l’ai dévorée des yeux. Je n’ai pas cessé de la suivre dur regard pour qu’elle me remarque mais rien n’est venu, j’ai l’impression qu’elle est loin, aussi loin qu’une étoile. Elle est mon étoile.
Je lui parle sans arrêt dans ma tête. Elle met le printemps dans mon cœur, l’été même ! Je ne pense qu’à elle et me fais des films dans ma tête. Quand elle s’approche je l’imagine se penchant vers moi, ouvrant son corsage pour me montrer ses seins. Elle est si belle que j’angoisse, j’ai vraiment peur de ne pas être à la hauteur.
Elle a quand même fini par me regarder à un moment, discrètement pour que les autres ne le remarquent pas. Elle m’a souri mais je n’arrivais pas à lui rendre le sourire, je pensais encore à ses seins.

Jeudi 3 avril 1970

Je lui ai parlé ! j’ai du ruser pour pouvoir me trouver seul avec elle. Il a fallu jouer serré avec l’équipe des bêcheurs qui font la lèche à la fin du cours. J’étais tellement ému que je ne sais plus ce que je lui ai raconté. J’ai bafouillé une question au sujet de l’organisation de la journée portes ouvertes dont j’étais chargé. J’ai rajouté « je vous veux » mais je ne sais si elle m’a entendu. Je suis raide dingue de Carole. Elle a répondu « Bien sur ». Elle pourrait me demander d’aller au bout du monde et j’irais si elle y était. Si elle m’a confié l’organisation de cette journée c’est parce qu’elle veut que j’y sois. Des fois je doute, je me dis que je me fais des films mais je compte quand-même les heures qui me séparent de la rencontre. Plus que 4 jours et nous serons seuls, en tête-à-tête ! Je rêve de la serrer dans mes bras, de sentir son souffle contre ma poitrine.

Vendredi 4 avril 1970

J’ai cru mourir quand j’ai vu sur le tableau le mot « absente ». Elle est peut-être malade , elle n’a jamais été absente. Il faut que je sache ! je vais chercher son adresse dans le bottin et je vais aller voir.

Vendredi 4 avril 1970 (suite)

Je suis allé voir, j’étais mort de peur mais j’ai sonné quand même. Pas de réponse. Elle est morte, il ne peut pas y avoir d’autre explication. Il est 23 heures et je n’arrive pas à dormir, je n’arrête pas de tourner dans mon lit. Je suis angoissé et triste. Je ne peux pas vivre sans elle.

Dimanche 6 avril 1970

Ca fait deux jours que je suis malade, j’ai de la fièvre.

Lundi 7 avril 1970

Ce matin j’ai refusé de me lever. Le docteur est venu. J’ai eu beau lui dire que je suis en pleine forme il a interdit que je me lève avant jeudi. Je vais mourir sans Carole, je vais mourir comme Carole.

Vendredi 11 avril 1970

Je vais mourir, c’est sur ! Elle ne reviendra pas. Elle a changé de région, elle est partie rejoindre son mari dans le nord. Le remplaçant arrive demain. Il n’y aura plus jamais de printemps ni d’été dans ma vie.

Jeudi 24 avril 1970

Il y a une nouvelle dans la classe. Elle s’appelle Rose, c’est un signe j’en suis sur. Un joli prénom de la terre et du printemps.

Emmy 05.04.06

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Sucre d'Orge

le 01/04/2006 à 16h49

UU

S
SU
SUC
SUCR
SUCRE
SUCRED
SUCREDO
SUCREDOR
SUCREDORGE


Sans dessous-dessus au-dessus de mes senS
Unique objet de mon désir brûlant et absolU
Corps contre corps ma langue sur ton flanC
Radeuse, ma bouche désire ta virilité recevoiR
Eclosion de plaisir, râle, cri, femelle et mâlE
Divine jouissance, lubrique breuvage chauD
Orgasmes de l’esprit symphonie en adagiO
Rafale, envie, passion, éclosion de plaisiR
Gisant sur la couche soyeuse en shantounG
Eruption, plaisir lactique sur peau impudiquE

Emmy

01.03.06




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Hallucination

le 01/04/2006 à 12h11

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HALLUCINATION

H
antée par ta présence, sicaire fidèle à mon plafond
Araignée des désespoirs et de toutes les craintes
Lune rousse de mon existence, glas de mes espoirs
Létale angoisse dévorante, spirale dans mon noir
Unies pour la vie nous sommes, mon annihilation
Cabales aux multiples reflets rouges dans le miroir
Idéalement carnivore, mon âme tu dépièces, tu dévores
Narcotique mortel, venin anesthésiant des étreintes
Anticorps incolore qui empoisonne mon sang, carnivore
Tueuse au corps alléchant, aimante, amante d’un soir
Invisible poison mortel, témoin des passions feintes
Obscène faucheuse, obscure meurtrière de plaisirs féconds
Narquoise scorie ! Fais face ! Approche ton matador !

Emmy
30.03.06

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Eaux Libres

le 27/03/2006 à 09h12

mmm

Eaux Libres

Entre tes mains posé, mon visage humide
Attend troublé tes doigts ardemment
Une goutte d’eau d’amour coule candide
Xérès de Vie dans le cœur des amants.

Lentement les heures bleues s’écoulent
Imprévisibles des larmes douces roulent
Brillant ton regard fixe mes yeux dolents
Rêve mon amour car les tourments cessent
Entre bonheur et bonheur cueille l’instant
Soupirs baignés par des larmes d’ivresse.

Emmy
25.03.06

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