Voyage Intérieur

Instantanées -

Un simple coup de fil

le 15/09/2006 à 21h56


Un simple coup de fil


- Allô !
- Carole ?
- Ecoute, je vais être directe mais il faut qu’on se sépare. Je vais te quitter, ça ne peut plus durer, on ne peut plus rester ensemble.

C’est ce qu’elle m’avait dit ce mercredi midi alors que je l’attendais avec un bœuf strogonoff préparé avec amour. Carole travaillait le mercredi matin et pas moi. Cette différence perturbait un peu nos week-ends, c’est pour cela que depuis que nous avions emménagé ensemble nous cherchions à travailler soit dans la même école, soit dans deux écoles ayant le même emploi du temps.

J’étais sidéré.

- Carole, mais qu’est-ce que tu racontes ? Qu’est-ce qu’il t’arrive ? Qu’est-ce qu’il se passe ?

-  On va se quitter.

-  Mais ce n’est pas possible ! Tu ne te rends pas compte dee ce que tu dis ! C’est pas fini ! Pas comme ça Carole… Tu veux dire qu’on ne se reverra plus ?

-  Oui

Je me sentais flotter dans l’espace de ce petit appartement comme dans l’espace sidéral, en apesanteur. Elle n’était même pas là pour que je la prenne dans mes bras, elle n’était même pas là pour m’expliquer face à face les motifs de cette décision aussi soudaine que surprenante. Mes pensées évoluaient à présent dans le brouillard épais du doute et de l’incertitude. J’étais en apesanteur, choqué, je flottais dans l’inconcevable. Je me sentais comme un arbre déraciné. Et elle n’était même pas là en face de moi pour que je puisse la secouer pour la ramener et moi avec à la réalité. Que s’était-il passé ?
Je ne pourrais jamais vivre sans elle. Comment pouvait-elle balayer d’un revers de sa main cinq ans de notre vie ? Comment pouvait-elle effacer d’un simple coup de fil trois ans de vie commune ?
Je n’ai même pas su hurler dans le combiné qui venait de me précipiter dans l’abîme sidéral. L’angoisse était là à présent. L’angoisse du cosmonaute lâché dans l’espace sans sa réserve d’oxygène. Je dérivais, sans port, sans amarres dans un monde en carton pâte qui s’effondrait après un simple coup de fil. J’avais envie de pleurer….
Je me souvint subitement de Monsieur Marty, mon instituteur de CE2, un être adorable, un papy, qui se tuait encore à nous expliquer que les garçons ne devaient pas pleurer. J’avais envie de pleurer quand je l’entendais dire ça. Mais quelque part j’étais marqué par ses mots et je n’arrivais pas à pleurer, même pas maintenant.

- Carole ?

La tonalité à retenti et j’ai senti le goût de la solitude monter dans ma bouche. Un goût acre et absurde. Je sentais mes jambes devenir molles et le sol se dérober sous mes pieds.

J’ai revu son visage chiffonné du matin au réveil, sa chevelure posée sur l’oreiller. Plus jamais je ne passerais mes doigts sur sa joue, plus jamais je ne sentirais sur ma peau son souffle doux et chaud, plus jamais son regard ne m’effleurerait…

Son absence s’installa comme une douleur sourde. La colère s’est levée, la haine ! Je la haïssais autant que je l’aimais . Je comprenais aussi à quel point je l’aimais et je réalisais brusquement le peu de fois que je le lui avais dit. Je n’avais pas su prendre conscience de chaque instant, je n’avais pas su déguster le bonheur qui m’était donné. En ce mercredi d’avril il était trop tard, beaucoup trop tard.

Je ne voulais pas que toutes ces images deviennent des souvenirs. Je voulais tout conserver, tout retenir. Les interrogations se pressaient dans mon esprit. Qu’est-ce que j’avais aimé chez elle ? Qu’est-ce qu’elle avait aimé chez moi ? Il fallait que je me résigne à la garder parmi mes souvenirs et je ne le voulais pas. Carole avait décidé pour lui et sans lui.

Mon monde venait de se vider de sa substance. Il n’ était plus qu’un cadavre inerte et absurde. Qui le ferait vibrer maintenant ? Elle m’avait communiqué le sens de la vie et le sens du rire, son insolence, sont goût pour les mimiques et les grimaces.

Elle venait de me quitter et avec elle s’envolaient la fraîcheur de vivre, les lagons bleus et les ciels étoilés. Les fleurs au printemps et les premières chaleurs de l’été n’auraient plus la même saveur. Elle avait tout rayé, tout balayé.

Les sanglots sont venus tout seuls. Ils venaient de loin, de plus loin que Carole et l’amour que je lui portais. Je me sentais nu et vide comme à ma naissance. Il pleuvait sur mon cœur des larmes de désespoir.

Les premières nuits je la cherchais dans le lit, ensuite elle venait régulièrement hanter mes rêves. Maintenant il n’y avait plus aucune trace d’elle dans la maison. J’ai jeté toutes les affaires que Carole n’avait pas récupéré. Le passé se dissipe et même si je sais au fond de moi que cette combinaison ne se reproduirait plus jamais, il fallait réapprendre à vivre, réapprendre tous les gestes de la vie quotidienne, apprendre a juguler tous les souvenirs pour devenir un autre. Il fallait renaître pour pouvoir peut-être un autre jour revivre ailleurs avec une autre.

Emmy
14.09.06

Alice

le 12/09/2006 à 15h33

Alice s’arrêta près des boîtes aux lettres, elle sortit une clé de sa poche et ouvrit la sienne. Au milieu de quelques dépliants publicitaires, elle trouva une enveloppe d’un jaune tendre.
Monsieur Gérard, le gardien, qui passait à ce moment là, ne put s’empêcher de regarder l’enveloppe que la jeune fille tenait entre ses mains. Il esquissa un sourire en disant : « Ah c’est beau l’amour ! » et partit en soupirant. Monsieur Gérard était veuf depuis très longtemps, Alice n’arrivait pas à donner un age à cet homme discret, poli et serviable qui donnait à lui seul une âme à cet immeuble cossu mais vétuste qu’elle habitait maintenant depuis 3 ans.
Alice adressa un sourire au gardien et rangea l’enveloppe jaune dans son sac a main. Elle sortit. La journée était superbe, elle avait trente minutes devant elle avant d’aller prendre le bus. Le Café des Arts avait installé des tables en terrasse, comme au printemps. Elle décida qu’elle prendrait son chocolat chaud dehors. Elle choisit une table, au soleil, et s’installa. Georges, le serveur vint la saluer avec un ton familier. Alice prenait son petit déjeuner tous les jours de la semaine au Café des Arts. Un chocolat chaud comme d’habitude mademoiselle Alice ? Elle acquiesça et sourit au serveur en lui lançant un bonjour frais et gai.

Quand le serveur fut reparti, Alice sortit l’enveloppe de son sac. Elle la décacheta lentement. Elle contenait une lettre pliée en quatre. Le papier était assorti à celui de l’enveloppe.

Alice commença à lire :

« Bonjour mon tendre amour,

Depuis quelques jours je m’efforce en vain de ne plus penser à vous, de vous oublier. Mais mon sentiment est trop fort. J’avais décidé de ne plus vous écrire mais ce soir, le cœur au bord des larmes je ne peux me résigner à vous oublier. Je reprends donc ma plume pour vous écrire après cette semaine de silence.
J’aimerais tant pouvoir vous rencontrer ma princesse, vous dire les yeux dans les yeux combien je vous aime, embrasser vos mains si fines et vos yeux si gais. Je vous ai déjà expliqué, c’est impossible pour le moment. Mais le jour viendra et je sais que vous ne serez pas déçue. On me dit plutôt bel homme et je saurai vous faire oublier tous ces mois ou vous me lisiez sans me connaître. »

Alice releva la tête les yeux humides. Le serveur était revenu avec le chocolat chaud et le posait sur la table.

- Il vous a encore écrit Mademoiselle Alice ?

Oui Georges mais je ne sais toujours pas qui il est, pas de nom, pas de visage …..

Le serveur partit et continua de prendre ses commandes. Alice essuya ses larmes avant de se remettre à relire la lettre.

« Je vous croise dans la rue, je vous suis parfois. Vous êtes mon soleil Alice. Dire que je vous aime toujours autant que le premier jour que je vous ai croisée, serait peu. Je vous aime chaque jour un peu plus ma princesse aux yeux rieurs.

Je vous aime Alice et je vous demande de me donner encore un peu de temps. Attendez-moi et vous saurez tout de moi. Je vous rendrai heureuse Alice, tellement heureuse….. »

Alice pleurait et n’arrivait pas a poursuivre sa lecture.

Le serveur s’était rapproché :

- Il ne faut pas vous mettre dans des états pareils Mademoiselle Alice, surtout pas pour un inconnu ! Je reconnais, depuis que vous m’avez fait lire une de ses lettres, qu’elles ont quelque chose que n’ont pas les autres. Quelque chose de plus, quelque chose de spécial. Allez, cessez de pleurer Mademoiselle Alice, un jour vous le verrez, bientôt peut-être, et vous l’emmènerez ici, promis ?

Le serveur tendit une serviette en papier à Alice, elle essuya ses larmes, se moucha et décida qu’elle n’irait pas en cours ce matin. Elle alla se promener sur les bords de Seine profitant pleinement de cette journée de février chaude et ensoleillée. Elle marcha des heures durant, pour se vider la tête.

Vers dix-sept heures elle retrouva son appartement. Un petit trois pièces coquet. Il était encombré de livres, de disques et d’une multitude de bibelots chinés par-ci par-là dans les brocantes et vide-greniers du coin.

Elle avait faim, elle se fit réchauffer une boite de raviolis sauce tomate qu’elle mangea dans la cuisine en silence, feuilletant distraitement le programme télé. Dans la rubrique pratique un article intitulé « Comment reconnaître l’homme de sa vie » la fit penser à la lettre enfouie au fond de son sac. Elle alla prendre la lettre dans le sac et alla la ranger dans sa chambre, dans une boite en carton qui en contenait déjà des dizaines.

Elle prit un bloc de papier qui se trouvait sur la console de l’entrée, son stylo plume et alla s’asseoir à la table en chêne qui se trouvait près de la fenêtre du salon. Elle prit le stylo et commença à écrire sur le papier jaune.

« Bonjour mon tendre amour,

Je t’ai suivie sur les bords de Seine aujourd’hui. Comme tu es belle ! Je t’ai observée de loin pour que tu ne me vois pas, pas encore. Je t’aime et j’ai passé la journée avec toi aujourd’hui. Je voulais enfin me montrer mais je ne peux pas encore. Si tu m’aimes comme je t’aime nous serons bientôt ensemble. Attends-moi je t’en prie ! Attends-moi, je t’aime ma princesse aux yeux rieurs »

Elle contempla la lettre qu’elle venait d’écrire, la plia en quatre et la glissa dans une enveloppe jaune tendre. Sur le dessus elle écrivit

Alice Gendre
37 Rue des Violettes
75012 Paris

Le lendemain, elle prit la lettre qu’elle rangea dans son sac. Elle la posterait au coin de la rue, comme à son habitude. Elle referma à double tour la porte de son appartement et comme tous les matins descendit les quatre étages en sautillant. Arrivée devant sa boite aux lettres, elle l’ouvrit. Au milieu des factures et des inévitables tracts publicitaires elle trouva une enveloppe jaune tendre.

Monsieur Gérard lança une fois de plus un regard amusé vers l’enveloppe qu’Alice tenait entre ses mains et la salua d’un rapide bonjour.

L’adresse était toujours aussi joliment écrite, stylo plume, encre bleue. Alice esquissa un sourire, un sourire surpris. Ce n’était pas son écriture ce matin.

Emmy
12.09.06

Carole

le 03/08/2006 à 08h50

 

 

Je la vois, assise sur notre lit, pensive, triste, abattue. Il faut qu’elle comprenne qu’elle ne doit pas culpabiliser. C’est elle qui part mais c’est moi le fautif. Il faut absolument que je lui parle ce soir, cette tension a assez duré ! Je veux la rassurer, je l’aime même si elle pense le contraire aujourd’hui.

« Ne me regardes pas comme ça ! Depuis quand tu sais ? Je n’ai jamais voulu te le cacher. Tu sais, je la connaissais déjà avant toi. Je suis coupable, oui, coupable de ne pas te l’avoir dit, coupable de ne pas avoir voulu l’effacer à cause de nous pour te le reprocher ensuite. »

Thomas tu t’emportes là, à la place de la rassurer, tu l’agresses comme tu as su faire ces dernières années.

« Tu sais Valérie, je t’aime, je ne suis pas ici pour te faire culpabiliser ou te faire du chantage. Tu pars et je suis malheureux mais je sais aussi que c’est de ma faute. »

Elle ne répond toujours pas, dehors le vent se lève avec une rare violence, les volets frappent. Je pense aux enfants qui dorment à l’étage, j’essaye de réfléchir à la meilleure façon de leur dire que leurs parents divorcent. Je m’assois au bord du lit et je prends sa main dans la mienne.

« Depuis quand tu sais Valérie ? dis-moi le je t’en prie. Depuis que tu éteins pour faire l’amour ? Depuis quand ? »

Je n’attends même pas une réponse, j’attends plutôt des questions, mais Valérie reste muette, immobile et muette.

« Je n’ai jamais pu t’en parler, je n’ai jamais pu prononcer son nom en ta présence. Je pensais pouvoir rester fidèle à deux femmes à la fois. Je vous aime toutes les deux Valérie, tu m’entends ? J’ai cru que tu ne te doutais de rien puis que tu ne me posais aucune question. Les séminaires, les voyages d’études, les réunions du soir… Je t’ai rendu malheureuse, je vous ai rendu malheureuses toutes les deux »

Faut-il que je continue de lui parler ? Je ne sais même pas si elle m’entend, si elle m’écoute. J’ai l’impression qu’elle me laisse aller jusqu’au bout.

« Tu sais Valérie, quand nous nous sommes connus je lui ai tout de suite parlé de toi. Elle m’a dit qu’elle sentait la passion entre nous, qu’elle sentait qu’elle me perdait. Valérie, il faut que tu me crois, c’est pas contre toi que je l’aime ! Elle a refait sa vie à plusieurs reprises mais sans succès. J’ai quitté le lycée pour vivre avec elle. Elle avait deux ans de plus que moi et son bac en poche. Puis, il y a cet enfant qui n’est pas né… »

- Pourquoi tu ne m’en as jamais parlé Thomas ? Elle me connaît ? Elle me déteste ?

« Non Valérie, non, elle m’aime comme je suis, c’est à dire avec toi, sans ambiguïté »

- Tu crois que c’est à cause d’elle que je te quitte Thomas ?

Soudain elle me fixe, sans larmes, sans rage, sans hostilité.

- Le bonheur on l’a eu Thomas, maintenant je te rends ta liberté. Je ne suis pas ta prison, je ne suis pas une obligation, je ne suis pas une excuse ni nos enfants non plus.

Je repars, comme un amant clandestin. Pourquoi je ne lui ai pas dit que Carole était morte dans un accident bien avant notre rencontre ?  Sa voiture était tombée dans un ravin le soir ou elle était venue m’annoncer qu’elle attendait un bébé, notre bébé. Carole ne vit plus que dans mes souvenirs. Pourquoi je mens à Valérie? Elle partira demain matin, elle sera aussi un merveilleux souvenir.

Emmy
01.08.06

Nathalie

le 01/08/2006 à 09h28

« Mais non ! Ecoutez-moi Louise, je vous ai déjà dit qu’il ne fallait pas vous promener toute nue dans les couloirs. Puis, ne m’appelez pas maman, je ne suis pas votre mère, je suis Nathalie, l’aide soignante. Décidément vous êtes mure vous ! Je vais être obligée d’appeler l’infirmière pour qu’elle vous fasse une piqûre ! Et maintenant vous pleurez ! Arrêtez de vous comporter comme une enfant Louise, pour l’amour de Dieu. Comment vais-je y arriver si tous les pensionnaires se mettent à faire comme vous ?
Lâchez ma blouse Louise ! C’est bon là. D’accord, je n’appelle pas l’infirmière mais il faudra quand même que je consigne votre comportement sur mon rapport. Allez, recouchez-vous, c’est l’heure de la sieste et puis, surtout rhabillez-vous, sinon je cours chercher de l’aide. Aujourd’hui c’est Ghislaine qui est de garde et vous savez qu’elle n’est pas douce.

Bon Louise, c’est fini maintenant ! Si tu continues comme ça tu n’auras pas de cadeau pour Noël ! C’est bien, tu vois, quand tu veux, tu sais être sage pour faire plaisir à maman. Un bisou ? Tu veux un bisou avant de dormir ? Le voilà ma puce. Allez, endors-toi, maman passera te réveiller quand l’heure de la sieste sera finie, et surtout, tu ne te lèves pas, si tu as envie d’aller aux toilettes tu m’appelles, d’accord ? »

Je n’en peux plus moi ! S’il n’y avait que Louise mais ils sont tous comme ça ici. C’est épuisant. Cet après-midi c’est Louise qui commence, je crains que Henry ne suive. Je l’ai vu nous regarder dans le couloir le temps que je négociais le retour de Louise dans sa chambre. Il fait chaud, le directeur refuse de climatiser sous prétexte que le budget ne le permet toujours pas. Il ne voit pas qu’ils souffrent de cette canicule ces pauvres petits vieux ? Nous aussi, mais nous c’est moins grave ! Cette chaleur aggrave leurs délires. Ils ne dorment plus, ils ne mangent plus mais ils font pipi et caca partout. J’en ai marre de nettoyer leurs saletés ! Ce n'est pas de la motivation qu’il faut pour travailler ici, c’est plus, beaucoup plus. Ce métier est quasiment un sacerdoce.
Je les aime pourtant les pensionnaires, sinon je serai partie depuis longtemps. Ils sont si perdus et si attachants ! Je me questionne toujours sur les protocoles appliqués, fait-on tout ce qu’on peut pour les aider à ne pas sombrer ? Fait-on tout ce qu’on peut pour que leur cas ne continue pas à s’aggraver ? Est-ce qu’il est bon de les suivre dans leurs délires ?
Je crois que je me pose trop de questions, c’est sans doute pour ça que ce travail me fatigue. Je me sens usée.

Oh non ! Pas lui ! Henry je m’y attendais mais pas Léopold ! Et en plus il en a mis partout dans le couloir !

« Léopold ! Vous arrêtez tout de suite ! Ne voyez-vous pas que vous êtes en train de peindre avec vos excréments ? Non ! Vous n’êtes pas Vincent !! Et votre oreille est toujours là ! Léopold Grimaud ! Vous vous appelez Léopold Grimaud ! Vous avez soixante-quatorze ans et vous êtes atteint de la maladie d’Alzheimer. Et moi je suis Nathalie, aide soignante dans cet établissement ou vos enfants vous ont placé et j’en ai assez de nettoyer votre merde à chaque fois que vous vous prenez pour Van Gogh ! »

Je ne sais même pas par ou l’attraper pour le conduire aux douches. Tiens, voilà Paul l’infirmier. Il va bien falloir qu’il m’aide là, je n’ai pas assez de force pour pousser Léo et je n’ai pas vraiment envie de rentrer dans son délire aujourd’hui. Quand je fais semblant d’y croire il me prend pour son amoureuse, ce qui me rassure c’est qu’il fait ça à toutes les femmes du centre !


« Ah , Paul ! Tu me sauves la vie mon grand ! Je n’en peux plus, je viens à peine d’en finir avec la mère Barcelo qui se promenait encore toute nue dans le couloir. Tu veux bien prendre Léo en charge ? J’ai encore la tournée boisson à faire avant de partir et si je douche Léo je n’aurai plus le temps. Merci, tu es un ange ! »

Il est gentil Paul, je crois que je lui plais mais en ce moment je n’ai pas du tout la tête à ça. Je le vois me regarder tout en poussant Léo vers sa chambre. Il me plait, mais on ne mélange pas travail et vie privée. Peut-être quand je serai partie du centre. Des fois je me dis que je n’arriverai jamais à les laisser mes petits pensionnaires, même s’ils m’en font voir de toutes les couleurs.

« Allez Margaux, vous savez bien qu’il faut boire par cette canicule ! Si, si ! Finissez-moi ce verre, faites-moi plaisir… regardez Denise elle a tout bu ! Mais oui, je sais Denise est plus grande, mais vous allez y arriver, allez, encore un petit effort ! Mais non, je ne vais pas vous punir de récré, il n’en est pas question, vous buvez en en point c’est tout ! Si vous ne sortez pas en début d’après midi c’est parce qu’il fait trop chaud et non parce que vous êtes punies !
Oui, oui, je sais que vous connaissez votre poésie par cœur. Oui, Margaux, je vais en choisir une pour la fête des pères parce que la fête des mères est déjà passée… c’est bien Margaux, vous voyez que vous y arrivez quand vous voulez ? Le verre est vide. Reposez-vous maintenant, le feuilleton va commencer »

Emmy
01.08.06


Augustine

le 23/06/2006 à 20h27
Augustine

Tous les soirs, à la sortie du bureau, j’attendais le bus qui me déposait devant la mairie de La Garenne. Je marchais ensuite pendant cinq bonnes minutes avant d’arriver chez moi dans ce studio triste et morne. Même les plantes y devenaient tristes et en perdaient leurs couleurs. C’était quand même mieux qu’Argenteuil et ça suffisait à me donner du courage. Un jour j’habiterais Paris intra-muros, je le savais !

Elle était là quasiment tous les soirs à attendre le même bus que moi et j’avais remarqué qu’elle descendait au même arrêt. Ensuite nos chemins se séparaient. Elle c’était une petite femme, incroyablement menue et incroyablement ridée. On lisait sur son visage les sillons du dur labeur et peut-être même de la souffrance. Une petite femme grise de la tête aux pieds. Des cheveux gris bouclés qui avaient du autrefois être blonds, une peau diaphane et quasi transparente qui était aussi devenue grise au fil du temps. Une petite souris grise, tout en légèreté, tout en douceur, tout en transparence.

Un jour de printemps et de forte pluie nous attendions le bus ensemble. Je crois que je lui ai parlé la première, nous avions juste l’habitude de nous saluer. Nous avons attendu sous mon parapluie. Le bus tardait et nous échangions des banalités. Elle me racontait sa vie de femme vieillissante , son veuvage, ses enfants « bien placés » mais loin…
Sa silhouette, sa voix aussi frêle que ses mains, m’inspiraient de la tendresse. Elle me parla après de sa vie triste, de sa solitude, de son envie de baisser les bras mais aussi de ses rêves. Et elle en avait des rêves !

Des qu’elle se mit à évoquer ses rêves, ses yeux gris redevinrent bleus, ils s’allumèrent d’une lueur éclatante et un sourire lui monta aux lèvres. Elle me parlait de sa terre, de sa Provence natale, du soleil, de la mer et des mimosas. Elle attendait que Nadège, l’aînée de ses petits enfants, passe son permis de conduire pour retourner en Provence. Elle lui avait promis, mais seulement elle avait déjà vingt-trois ans et toujours pas de permis. Ses mains s’agitaient, fébriles, quand elle parlait de la récolte du mimosa. Elle en oubliait même son arthrose.

Le bus arrivait enfin. Elle me laissa monter la première et vint s’installer à mes cotés. Elle racontait ses rêves avec des mots si précis que je rêvais avec elle. Je la sentis soudainement libre, libérée de sa vieillesse, de son arthrose et de l’amertume de la solitude. Elle esquissait un sourire de plus en plus détendu. Ce soir là, en descendant du bus je l’accompagnai chez elle, sous mon parapluie, bras dans le bras elle continua à me raconter son rêve, celui de retourner dans son pays avec Nadège, de revoir sa terre avant de mourir.

L’été qui suivit j’allais me promener souvent dans son quartier, j’aimais ces petites maisonnettes alignées, on aurait dit des maisons pour lilliputiens ! mais qu’est-ce qu’elles étaient belles et gaies au milieu des HLM stéréotypés ! Qu’est-ce qu’elles étaient colorées et fleuries à coté de mon studio convalescent ! Je voyais ma petite souris grise derrière sa fenêtre ou assise à l’ombre du tilleul et je m’amusais à la taquiner : elles sont prêtes vos valises Augustine ?
Elle avait pensé à tout et elle me détaillait ses projets dans le moindre détail.
Ou était la réalité ? ou était le rêve ?

L’été passa, vite. L’automne triste et humide me fait changer mes habitudes de promenade. Je pensais souvent à Augustine. Je ne la croisais plus à l’arrêt des bus. Il faut aussi dire que je rentrais de plus en plus tard du bureau, je m’étais liée d’amitié avec Claudie, une normande débordante d’énergie, et nous allions souvent nous promener le long des quais avant de rentrer dans nos chez nous tristes et vides.

L’hiver passa aussi, avec Claudie nous avions remplacé la promenade par le chocolat chaud au PMU du coin, encore un prétexte pour retarder la solitude . Claudie s’était amourachée su serveur qui avait des yeux pour tout le monde sauf pour elle. Je suis encore aujourd’hui persuadée qu’il aimait plutôt les garçons.

Un jour de février, j’achetais un bouquet de mimosa et je décidais d’aller l’offrir à Augustine. Les volets étaient clos et le jardin paraissait à l’abandon. Je n’osais pas demander aux voisins, je ne les connaissais pas.
Le temps passait, les volets restaient clos et le jardin abandonné. Je ne savais pas, je ne pouvais pas savoir… J’ai fini par demander aux voisins. Un soir elle s’était trompée de bus. On l’avait retrouvée recroquevillée de froid de l’autre coté de la seine après Argenteuil. Elle ne savait plus ou elle habitait, les pompiers l’avaient raccompagné chez elle et appelé ses enfants. Ils étaient venus la chercher. Pour la placer, ailleurs, bien placée, loin.

Loin de moi mais près de ses mimosas, de sa méditerranée, dans sa Provence natale, comme dans son rêve. Quand je suis enfin arrivée près d’elle, elle m’attendait assise sur un banc de la maison de retraite, au soleil, sous son soleil. Je me souviendrai toujours de son sourire, de l’étincelle dans ses yeux et de l’odeur du vrai mimosa.

Emmy
23.06.06

pour mon ami CrimsonMoon qui déteste le mimosa ;-)




Le marché

le 15/06/2006 à 09h54


Approchez, approchez ! Oui, monsieur ? des pinces à linge ? bien sur les voilà, juste là au troisième rang. Vous les voulez en bois ou en plastique ? Combien ? deux paquets ? Voilà monsieur, cela fait trois euros dix. Merci : trois cinquante, quatre et cinq ! Bonne journée Monsieur.

Madame ? du film alimentaire. Très bien, en rouleau de cinquante ou de cent mètres ? Ce sera tout madame ?

Mademoiselle ? Ah non, je regrette, je n’ai pas de casseroles, je n’en ai plus ! Vous savez c’est un article que j’ai fait pendant longtemps mais je ne le fais plus. Je me sens beaucoup mieux depuis que je ne fais plus les casseroles, c’est lourd à porter. Puis j’avais l’impression que les casseroles m’empêchaient d’apprécier les autres articles de mon étal. J’y tiens tellement à ce magasin ambulant. Le fait de laisser tomber les casseroles m’a permis de mieux vous servir dans d’autres rayons et même d’en créer de nouveaux.
Vous permettez que je vous montre ? Voici le rayon tendresse ! Ah non, Mademoiselle, ce rayon n’est pas réservé aux bébés. Que serions nous sans tendresse ? Y avez vous réfléchi ?
A coté du rayon tendresse vous avez le rayon rires et juste après le rayon amour qui ensoleille mon étal hiver comme été.
Ne pensez-vous pas, Mademoiselle, que c’est bien plus important que des casseroles ?

Bonne fin de journée Mademoiselle ! Profitez bien de cette journée de printemps en plein hiver !

Emmy
15.06.06

Mélancolique

le 15/06/2006 à 07h30

Mélancolique, elle se sent déjà mélancolique et pourtant le train vient juste de partir. Ils ont couru pour arriver à l’heure, pour acheter un sandwich qu’elle ne mangera peut-être pas. Elle est enfin assise à sa place, 76, côté fenêtre. Elle aurait aimé n’avoir personne juste à coté. Elle a même du réclamer son siège côté fenêtre, le gros monsieur s’y était installé. Elle regarde dehors les yeux humides. Il est là sur le quai à faire des grimaces. Elle essaye de ne pas voir, de ne pas savoir, elle a envie d’y croire encore.

Pourquoi ont-ils couru ? Elle est maintenant assise depuis au moins cinq minutes et ce maudit Téoz ne part toujours pas. Le gros monsieur de la place 77 la dévisage et le dévisage aussi lui, qui continue à essayer de la faire rire depuis le quai. Leurs mains se sont posées de côté et d’autre de la vitre comme pour se toucher une dernière fois. Elle retient ses larmes.

« Le Téoz 54311 à destination de Bordeaux…. » le haut parleur annonce enfin le départ. Il la regarde s’éloigner. Elle a envie de croire qu’il l’aime mais elle n’y arrive pas, elle n’y arrive plus. Ils se sont pourtant aimés encore la nuit dernière. Il n’y a pas d’autre mot qu’amour…. Mais non !

Le train prend de la vitesse et les larmes coulent sur ses joues. Le gros monsieur continue de la dévisager. Elle prend un livre dans son sac, le sandwich acheté à la hâte et la bouteille d’eau. Elle installe le tout sur la tablette et met ses lunettes de soleil. Les mouchoirs ! Ou sont les mouchoirs ? Elle pleure et son nez coule. Heureusement il y a plusieurs serviettes avec le sandwich. Elle réussit à se moucher mais son nez n’en finit pas de couler. Ses yeux lui font mal et la lumière devient insupportable même a travers les lunettes noires.

En fermant les yeux elle revoit tous les moments de bonheur qu’ils viennent de partager. Le lac, les perches, les promenades, la jetée, le port, le marché, la bière, les glaces…. Tout se bouscule. Elle sait. Elle a envie de regarder ailleurs, de se dire qu’elle se trompe, que ce ne peut être que de l’amour. Envie d’y croire. Elle l’aime, c’est une certitude. Mais lui ?

Elle se sent perdue, déstabilisée. Ils ont joué à la petite famille. Ils ressemblaient tant à une vraie petite famille…. C’était la première fois qu’elle voyait ses enfants. Pourquoi ? Pourquoi a-t-il insisté ? Pourquoi lui infliger cette rencontre après tous les doutes qui l’assaillent lui ? Elle y a cru, d’abord pensé à une sorte de test mais après vécu ces moments merveilleux à fond. Elle ne se projète pas mais elle n’a pas envie que tout s’arrête en ce lundi de début de vacances.

Elle pleure encore, ses yeux ne peuvent pas s’arrêter. Le gros monsieur a fini par regarder ailleurs, puis, peu importe, elle n’a rien à faire de sa présence, rien à faire de ce qu’il pense ou pas. Elle essaye de manger le sandwich mais rien ne passe. Elle boit une gorgée et pense à ses enfants à elle. Ils l’attendent et elle ne veut pas qu’ils la voient pleurer. Elle leur avait parlé de lui. C’était la première fois depuis la séparation d’avec leur père qu’elle leur parlait d’un homme. Maintenant, elle se demande pourquoi.

Elle n’a jamais pleuré comme ça. Les quais de gare ne la rendent pas triste. Elle pleure parce qu’elle sait, elle sent, que c’est fini.
Pas envie de devoir tourner cette page. Elle est si bien dans ses bras……….

Ils se quittent sans un mot, les mots ne viendront que plus tard et même pas face à face. Elle lui en voudra de ne pas lui avoir dit les yeux dans les yeux, mais ça elle ne le sait pas encore en ce lundi ensoleillé.

On dirait un début d’été. Les calanques défilent et le soleil illumine la méditerranée.
Elle voudrait s’endormir pour arrêter de penser, pour arrêter de pleurer. Le soleil brûle à travers la vitre mais elle a froid. Elle enfile son pull-over devant le regard médusé du gros monsieur qui transpire dans son tee-shirt blanc douteux malgré la climatisation.

Il fait froid dans son cœur, il fait froid dans sa tête, il fait froid dans son ventre.
Elle finit par s’endormir. Elle rate sa gare mais quelle importance !  Il ne l’attendra plus jamais, ni sur un quai de gare ni ailleurs.

Elle saura, longtemps après, que lui aussi il a beaucoup pleuré et elle se demandera peut-être toujours pourquoi. Elle aurait aimé comprendre ce qu’il s’est passé dans sa tête à lui, pas entendre, comprendre, mais elle ne peut pas, ils sont si différents ! Elle l’imagine souvent assis au bord de la mer, les yeux fixant l’horizon, à attendre une princesse , à attendre sa princesse…..

Emmy
14.06.06

Quinze Aout

le 21/04/2006 à 08h31

____

Un quinze août devant une fontaine
Un coin d’Irlande et une terrasse de café
Tables en marbre et chaises en rotin vert
Certains flânent, d’autres lisent, d’autres aiment
Je voulais t’écrire ce jour, cette lumière
Qui a éclairé mes yeux l’espace d’un instant
Emotions intenses, douces et troublante
s

 

Emmy 20.04.06


Cercles

le 15/03/2006 à 11h09
mmmm


Cercles


 Mes mots glissent sur tes lignes

Lors que le jour s’endort

Sur l’horizon plombé de tes craintes intimes

Sillonnant tes vers

S’enivrant de tes non-sens sensés

Avalanche d’émotions contradictoires

Je réveille le jour en l’appelant à l’aide

Pour comprendre

Le sens de cette existence sans vie

L’urgence de cette mort annoncée

Imminente

Je bois tes mots

Ton nectar de vie et de mort

Qui torture les esprits

En libérant les corps

Solitude de la fin

Solitude du début

Cercles

De Vie
 

Emmy

19.07.05

 

mmmmmmm


L’homme au corps d’éphèbe s’avance vers elle. Un sourire, des yeux qui s’allument et un baiser sur la joue. La magie vient rompre le froid de ce matin gris. Elle se sent bien. Ils arpenteront la ville sans destination fixe en s’imprégnant de l’ambiance, en se fondant dans le paysage. Main dans la main, leurs corps se rapprochent et leurs cœurs aussi. La tristesse s’évanouit pour laisser place à la découverte. Le ciel n’a plus la même couleur, il prend la couleur de leurs mots éclairée par des arc-en-ciel d’éclats de rire. Plus de gris sinon au fond d’eux, ce gris indélébile qui les suivra partout. Tacitement, ils ne le laissent pas transparaître. Sous le parapluie, émerveillés, ils gouttent pour la première fois leurs lèvres. Douceur et chaleur sur la banquise en fonte de leurs cœurs. Silence. Les mots les désertent, les regards parlants muets leur suffisent. Le temps n’existe plus. Ils ne portent jamais de montre comme si ça pouvait suffire à ralentir cette marche vers le néant qui les attend tous deux, comme si ça pouvait tromper la mort suspendue au dessus de leurs vies.Elle se laisse pénétrer par un sentiment de déjà vu, de déjà vécu. Elle se sent en terrain connu. Etrange. Tout est étrange entre eux, depuis le début, étrange et étrangement simple, étrange et étrangement indolore. Elle aime ne pas avoir mal et elle croit comprendre que lui aussi. Alternative, une vie alternative. Elle aimerait comprendre ce mot qu’il lui a écrit. Une vie de vide en vide, une spirale folle dessinée avec des mots de sang et de violence contenue.

Emmy, 15.03.06

 

Alain

le 31/01/2006 à 06h59
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ALAIN
Monologue

Tu es ma seule amie fidèle. Toujours présente sans me demander si je t’aime, sans jamais douter de mon attachement. Tu ne m’as jamais quitté, en tout cas jamais pour longtemps. J’ai pourtant crié, juré et craché que je ne voulais plus te voir, que je ne voulais plus te toucher, que tu étais ma perdition et ma mort, la tentatrice de mon existence. Tu as pardonné, tu as tout pardonné, mes infidélités, ma façon de t’ignorer souvent, ma violence…
J’ai voulu maintes fois te fracasser, je t’ai même jetée par terre ou contre le mur dans les moments de colère. Je ne suis rien sans toi, toi mon bonheur et mon malheur. Je t’aime et je te maudis, moi l’homme, moi le mâle dans toute sa splendeur. Je t’aime, je te détruis, je me détruis, je nous détruis, pourtant, il ne se passe un seul jour sans que je m’endorme en pensant à toi ma bouteille de whisky.

Emmy
30.01.06
 

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