« Et vivre sans aimer n’est pas proprement vivre »
Molière
Et chaque matin la vie semble revenir avec son cortège de gestes quasiment automatiques. C’est un peu comme si dans la nuit elle m’avait quittée pour revenir m’étonner dès le réveil. Il m’appartient de me laisser surprendre, d’apprivoiser tous les signes minuscules qu’elle m’envoie en guise de clin d’œil, il m’appartient de saisir son invitation à sortir de ma léthargie, il m’appartient d’aller plus loin que les tâtonnements, il m’appartient de Vivre.
Tous les jours c’est la même histoire et pourtant tous les jours mon envie de vivre est différente, plus ou moins présente, plus ou moins forte. Mes gestes différent suivant si je suis seule ou pas à mon réveil.
Il y a des matins solitude, je devrai dire des matins puis que ce sont les seuls que je connais vraiment depuis déjà quelques années. Des matins automatiques, des matins aux gestes de survie, des matins aux gestes d’intimité basique. Attendre que la musique du radio-réveil finisse enfin par me réveiller, m’accorder encore quelques minutes de répit, quelques minutes loin de la réalité, je m’étire comme un chat, je respire et je me contrains enfin à ouvrir les yeux en respirant un grand coup . Commence la course matinale : réveil des enfants, toilette, petit déjeuner et je tombe dans ma voiture. La course continue, le collège, l’école… et enfin le bureau. Course-tornade qui me plonge irrémédiablement dans le flux de la vie. Je n’ai même pas le temps de me poser des questions, quel que soit l’humeur du jour je suis plongée dans le tourbillon de vie, dans le tourbillon de solitude.
Mes matins solitude je les imagine et je les voudrais autrement, je voudrais avoir le temps de coucher sur le papier les idées de la nuit encore à fleur de peau.
J’ai encore en tête les matins ou je n’étais pas seule, les matins ou les yeux encore clos tout mon corps s’éveillait dans la perception de sa présence, de son corps, de son odeur. Mes yeux s’ouvraient en le regardant et la journée pouvait commencer. Mais avant il y avait tout ce rituel d’éveil qui me manque tant, ces corps tendus l’un vers l’autre dans un regard de vie, les murmures les yeux encore clos et le corps endormi, tout pour dire à l’autre le bonheur de sa présence. La course-tourbillon de la vie était bien plus douce en ce temps là.
Il y a des matins comme celui d’hier ou encore de ce matin ou ma tête émerge éteinte dans des vapeurs sordides de supermarché du bonheur.. Il y a des matins ou je me trouve sordide, aussi sordide qu’une marchandise, aussi sordide que la démarche, aussi sordide que la plupart ces têtes croisées dans ce grand magasin à la mode : vous allez aimer !
Et si, par hasard, on y croise un grand enfant perdu comme nous, les repères sont tellement déstabilisants que seul un réflexe se met en route, celui de la consommation. Après tout, c’est ça le conditionnement supermarché ! vous allez aimer…..
Il y a des matins comme celui d’hier ou j’essayais de digérer les incohérences, mes propres manques de respect mon besoin incommensurable d’aimer et d’être aimée. Digestion toujours difficile.
Et des matins comme celui d’aujourd’hui ou je me dis que moi aussi j’ai droit à l’erreur et à l’indulgence en commençant par la mienne. Et je repars, je ne sais pas si c’est du bon pied, en me disant que de toutes façons il n’y a que très peu de choses qui soient irrémédiables, en me disant que ma vie sera toujours ponctuée de mirages et que j’ai tout intérêt à m’y faire, pas pour Vivre mais pour survivre.
Emmy
29.11.05