Voyage Intérieur

Tranches de Passé -

Une Longue Nuit

le 04/01/2008 à 22h49

Ces jours-ci je me suis mise à vider mes tiroirs, plus précisement le dossier textes à revoir. Certains finissent directement à la corbeille, d'autres sont revus et des fois terminés et finissent ici dans la rubrique "Tranches de Passé"

Je vous livre aujourd'hui un texte écrit en décembre 2006 et qui devait être le début d'un roman. Je voulais essayer, j'ai essayé....   mais juste essayé.

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Il était tard mais Frances n’arrivait pas à trouver le sommeil. Etendue sur son lit depuis maintenant trois heures elle avait envie de mettre fin à cet inconfort. Elle ne se sentait pas bien, elle tournait et retournait mais le sommeil ne venait pas à elle. Elle alluma la lampe et décida, en voyant le paquet de cigarettes sur la table de chevet, de se lever pour en fumer une.


Debout son corps était moins douloureux. Elle s’étira en s’approchant de la fenêtre. Il faisait chaud, ses mains étaient moites et son front perlait. La première bouffée de fumée eut pour effet de la détendre, elle la savoura, la garda longtemps dans ses poumons avant de la rejeter en direction de la fenêtre. La nuit était étrangement calme. Pas un bruit.


Sa cigarette finie elle partit se recoucher. Elle n’étendrait pas la lumière, elle allait essayer de lire. Elle se sentait tendue, tendue et fatiguée. Ses amis lui manquaient de plus en plus. Seules les visites du samedi matin étaient encore un lien avec le monde extérieur. Elle scrutait le plafond, ce plafond qu’elle connaissait maintenant dans les moindres détails. Si au moins elle avait la télévision ici….


Ses yeux se posèrent cette-fois ci sur la pendule. Il était exactement 3 heures et 18 minutes. Elle attendrait le lever du jour et essayerait de dormir après. Les bruits de son petit espace devenaient perceptibles : le robinet qui perdait depuis son arrivée, la pendule, le lit qui grinçait à chaque fois qu’elle se tournait…. Elle entendait même le bruit lointain de l’autoroute. Des pas dans la cour ! Frances, qui ne se demandait plus ce que ça pouvait être, ne se leva même pas pour aller regarder par la fenêtre. Elle n’était pas sortie depuis deux semaines, depuis qu’elle avait entamé sa grève de la faim. Sa colocataire, comme elle aimait appeler Karla, avait essayé de lui faire arrêter sa grève mais Frances refusait obstinément. Elle buvait de l’eau, rien que de l’eau. Le médecin avait réussi à lui faire arrêter sa grève de la soif au bout de trois jours. Karla n’était plus là maintenant et elle lui manquait. Leurs discussions étaient souvent animées mais amères. Au début elles ne se parlaient quasiment pas. Frances avait eu du mal à accepter une noire dans son petit espace vital. Après le viol, Karla l’avait soutenue et l’avait encouragée à porter plainte. C’est grâce à elle si Frances avait trouvé le courage de dénoncer les coupables, c’est grâce à elle aussi si Frances avait pris la décision d’entamer sa grève.


« Plainte pour agression sexuelle et atteinte à la dignité » . Et depuis rien, les coupables avaient nié. Comment prouver une agression sexuelle d’une femme sur une autre femme ? Son avocate lui avait expliqué que c’était pour cette raison qu’elle devait aussi porter plainte pour atteinte à la dignité.
La grève de Frances n’avait même pas fait l’objet d’un article dans le journal local. Personne à Danbury ne s’émouvait de son geste. Cette ville, marquée par le centre pénitentiaire, était devenue insensible à tout, à tous, c’était quasiment dans l’air ambiant. La prison faisait vivre la ville, tout le reste était devenu secondaire.

Il était maintenant 5 heures et 13 minutes. Frances n’avait toujours pas réussi à dormir. Elle se sentait fébrile et son pouls s’accélérait à chaque fois qu’elle entendait le bruit des pas dans la cour. Elle savait très bien ce qui se passait, comme toujours, au milieu de la nuit. Tout le monde le savait ici à Danbury et dans tout le pays. Elle prit le livre sur sa table de chevet et se mit à lire. Page 23. Vingt-trois pages en trois semaines ce n’était pas beaucoup mais elle n’arrivait pas à lire plus vite. Elle le referma, elle n’arrivait pas à se concentrer sur la lecture puis, de toutes façons elle ne comprenait rien à ce roman. L’art d’aimer, Erich Fromm. C’était bien la première fois qu’elle n’arrivait pas à lire un bouquin, de surcroît un bouquin d’un romancier inconnu. Elle n’a rien vu de lui quand elle s’occupait de la bibliothèque. Quand elle l’a ramassé dans la cour elle a été tentée de le déposer près de la porte mais finalement elle a décidé de le garder, elle n’avait plus rien à lire pendant ses longues nuits blanches. Erich… l’orthographe du prénom avait quelque chose d’exotique et elle se mit à rêver de beau suédois ou finlandais ou pourquoi pas danois. Frances rêvait souvent d’européen à la peau douce et laiteuse, elle imaginait sa peau mate contre la pâleur des hommes nordiques. Elle n’imaginait les européens que comme ça, en faisant abstraction totale des méditerranéens aussi mats qu’elle la piquante sudaméricaine. N’empêche que le livre ne la faisait pas rêver du tout et qu’il ne l’aidait pas à s’endormir non plus.


Le jour commençait à se lever et Frances sentait l’air autour d’elle se réchauffer encore. Il n’y avait qu’un seul mot : canicule. Elle se leva pour aller remplir sa bouteille d’eau. Sa cinquième de la nuit. Un litre à l’heure. C’est grâce à ça qu’elle tenait encore le coup. Elle but une gorgée et fit une moue, l’eau était tiède, elle coulait tiède… Elle s’allongea à nouveau et son lit lui parut encore plus dur. Elle avait mal partout, elle sentait les ressorts du matelas sur ses os comme si ces derniers étaient à nu. Frances avait perdu beaucoup de poids en deux semaines, ses rondeurs gracieuses avaient disparu et son visage était creux. On ne voyait que ses grands yeux noirs briller dans la semi-obscurité. Elle essuya la transpiration sur son front et ferma les yeux. Son cœur battait vite et fort. Frances s’employa à respirer profondément pour se détendre. Elle sentait l’air emplir ses poumons puis son ventre. Elle expirait très lentement. Il n’y avait plus de bruit dans la cour. Les bruit de l’autoroute paraissait s’éloigner et le robinet avait fini de goutter. Frances s’endormit enfin. Il était 6 heures.

Emmy 4.01.08

Intimité Anonyme

le 04/01/2008 à 01h20

Il y a quelques jours, je suis partie me promener un livre sous le bras. J’ai choisi un banc au soleil et j’ai commencé à lire. En me levant j’ai vu un papier froissé juste à côté du banc. Curieuse, je l’ai défroissé et je l’ai lu . Je vous transcris le contenu qui m’a quelque part intriguée.

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Ah non ! J’en suis sure, notre anniversaire c’est le 25 mai ! Tu sais, il y a des dates qui ne s’oublient pas. Comme des yeux, comme des voix, comme des peaux qui ne s ‘oublient pas non plus. Cette sensation de ne faire qu’un. Dangereuse, certes, mais j’aime le danger…. Ah non ! Je me la joue fatale là ! Ce n’est pas futé de ma part, tu me connais trop bien et tu sais que ce n’est pas du tout moi. Pourtant, je suis sure que tu aimes les femmes fatales, les femmes distantes qui t’en font baver « un max » comme disent les « djeuns ».

Bon ! Passons aux choses sérieuses maintenant. Analysons :

Constat ( de ta part) : je marche dans ta tête, tu m’as dans la peau, tu m’aimes !
Demande ( de ta part ) : te soigner, te faire soigner ( faudrait que tu sois plus clair ! tu veux que je te soigne ? )
Proposition ( de ma part) : passer à l’étape suivante.

Il ne faut jamais laisser traîner aussi longtemps les choses ! L’amour, comme les bisous, le lait maternel et les huîtres , nécessite une garantie de fraîcheur absolue.

Reste à constater que malgré le temps le notre est encore de première fraîcheur. Explications ( rationnelles bien sur ) : malgré le fait d’être un vieux couple je te fais encore de l’effet ( ah tu as eu peur là ! Tu as cru que j’allais le dire avec tes mots ? )
A bien y réfléchir les pauses ont été longues et fréquentes. Notre amour n’est pas usé par la routine.

Solutions ( proposées par moi à ta demande ) :
Tu perds le fil ? Je reprends, « passer à l’étape suivante ».
D’accord je développe, ou je conjugue, comme tu préfères.

Soit : je disparais et tu cesses de penser à moi.
Soit : nous passons à l’amitié ( simple ! ) et tu cesses de penser à moi aussi ou plus précisément tu apprends à penser à moi différemment.
Soit : nous passons à la vitesse supérieure.

Une condition, la solution choisie doit nous convenir a tous les deux.

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J’aurais aimé connaître la suite.
Dans tous les cas je n’ai pas eu envie de reprendre ce texte anonyme comme mien ni de lui donner une fin.

Emmy 3.01.08



Image : Zyeuter.com / Titre : Ecrire notre histoire

Le Temps

le 02/01/2008 à 20h33


Qu'est-ce que ça passe vite une année !

Barbara

le 01/01/2008 à 17h22
Barbara



Barbara ouvre les yeux. Il est toujours là. Roman dort paisiblement à côté d’elle. Son souffle caresse doucement son visage. Elle se rapproche de Roman, elle voudrait que leurs souffles de mélangent. Le réveil affiche huit heures et trente deux minutes. Elle se souvient qu’ils se sont endormis vers cinq heures.

Barbara rêve, ou plutôt non, elle se demande pourquoi tout est allé si vite. Elle ne connaît Roman que depuis quelques jours et pourtant ils viennent de passer la nuit ensemble.  Elle frissonne en pensant à la sensualité que dégage ce quasiment inconnu.  Comment a-t-elle pu s’abandonner à ses caresses ? Comment a-t-elle fait pour se donner à lui dans les étreintes de la nuit passée ? Barbara nage dans un bonheur inattendu. Elle est étendue tout contre un magicien ou, qui sait, un sorcier qui l’a complètement envoûtée.

Elle ne sait plus si elle a envie de le voir se réveiller ou si elle en meurt d’envie.

Comment vont-ils se regarder après cette nuit ?

Roman ouvre doucement les yeux. Il lui sourit. Un sourire béat, pense-t-elle, en lui souriant à son tour. Ils s’enlacent, ils s’embrassent. Ils ne se parlent pas. Leur seul peau à peau leur suffit pour l’instant.

Roman se lève. Barbara feint le sommeil, s’étire, se love dans le creux du lit. Elle s’assoupit et c’est l’odeur du café qui l’éveille en titillant ses narines. Ca sent bon le café et les tartines grillées et beurrées.  Est-ce que Roman aime le beurre demi-sel ? Drôle de question ! Barbara rigole amusée par ses idées au réveil.  Est-ce vraiment important ? Elle décide que oui. Elle voudrait que Roman aime le chocolat noir et le beurre demi-sel.

Elle se dit que c’est bien d’avoir Roman dans sa vie. Elle se dit que c’est bien de se lever en ayant des certitudes. Barbara rejoint Roman dans la cuisine. Elle se dit que ça fait trop longtemps que personne ne lui a préparé un petit déjeuner avec autant de soin.

Il est là, tout sourire et tout douceur. Il l’embrasse et l’invite à s’asseoir tout près de lui. Lui sert un grande tasse de café brûlant et lui présente deux magnifiques tartines. Le beurre sent bon la noisette. Barbara porte une tartine à sa bouche : c’est du beurre demi-sel !!!

 

Emmy septembre 2007.

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